Chanteur de Mexico (Le)

Mariano

 

.

Le Chanteur de Mexico

Francis Lopez
1916 – 1995

I. L’ARGUMENT
II. LA PARTITION
III. FICHE TECHNIQUE
IV. DISCOGRAPHIE
V. RÉFÉRENCES

Le Chanteur de Mexico


 

Créé sur la scène du Châtelet le 15 décembre 1951, Le Chanteur de Mexico a marqué l’apogée de l’opérette à grand spectacle dans ce théâtre.

Présentation

Pendant près de 50 ans (mais surtout de 1927-1928 à 1969), sous le règne de deux grands directeurs de théâtre, Maurice Lehmann et Henri Varna, l’opérette à grand spectacle a drainé des foules considérables dans les deux salles parisiennes spécialisées, le Châtelet et Mogador. Trois ouvrages ont particulièrement marqué cette période : L‘auberge du Cheval Blanc (créée à Mogador en 1932), et reprise par la suite quatre fois au Châtelet puis de nouveau à Mogador, a totalisé près de 3000 représentations dans la capitale. Valses de Vienne (créées à la Porte Saint-Martin en 1933) ont été reprises 6 fois au Châtelet et 2 fois à Mogador : plus de 2000 représentations. Rose-Marie, créée à Mogador en 1927 (1250 représentations consécutives), se joua ensuite à deux reprises au Châtelet avant un retour remarqué à Mogador : plus de 2200 représentations dans la capitale.

Si l’on s’intéresse, toujours dans les deux grandes salles spécialisées, aux ouvrages qui, à leur création, ont totalisé le plus grand nombre de représentations consécutives, la palme reviendra après Rose-Marie, à Violettes Impériales (de Scotto à Mogador) puis au Chanteur de Mexico (Châtelet) et aux Amants de Venise (Mogador) qui tiendront l’affiche 2 ans. Ils seront suivis de près par Nina-Rosa (Châtelet) et Vienne chante et danse (Mogador). Une demi-douzaine de tête d’affiches prestigieuses doit être associée aux principales créations de ces deux scènes : avant-guerre, André Baugé surtout et Roger Bourdin. Après 1945, Marcel Merkès, Luis Mariano, Georges Guétary, André Dassary, Tino Rossi et Rudy Hirigoyen (ce dernier principalement en régions).

Mexico-Mariano-2

Aujourd’hui, de tous les ouvrages à grand spectacle créés après la seconde guerre mondiale, la mémoire collective a surtout retenu du répertoire Châtelet, Le Chanteur de Mexico qui est toujours représenté. Violettes Impériales (le grand succès de Mogador) se fait plus discret de nos jours. Notons que pour ce dernier ouvrage, le spectateur non averti fait souvent un amalgame entre l’opérette (musique de Vincent Scotto) créée par Marcel Merkès (1500 représentations soit environ 2 500 000 spectateurs, rien qu’à Paris) et le film musical (musique de Francis Lopez) interprété par Luis Mariano qui connut à l’époque un succès inégalé pour un film musical français (plus de 8 000 000 d’entrées). Ce public s’étonne de ne pas entendre l’air « L’amour est un bouquet de violettes » !

 La critique

Dans son « Histoire de l’Opérette en France », Florian Bruyas ne s’attarde pas outre mesure sur Le Chanteur de Mexico. Et pourtant ! Et pourtant la « recette » d’opérette à grand spectacle mise au point à partir de 1930 au Châtelet par Maurice Lehmann atteint ici son apogée. À la création, le 15 décembre 1951, la critique, qui n’est pas toujours tendre pour cette forme de spectacle ne s’y est pas trompée. Aucune voix discordante et une approbation quasi générale :

« Le Châtelet s’est dépassé lui-même. Ce miracle s’est réalisé. C’est proprement prodigieux et je ne crois pas faire preuve d‘un puéril chauvinisme en affirmant qu‘il ne saurait y avoir quelque part dans le monde, même dans l‘opulente Amérique des réalisations d’une telle qualité, à la fois par l‘ampleur, le charme et le goût.
La mise en scène de Maurice Lehmann est l’une des plus magnifiques réussites de ce merveilleux animateur. Voilà un spectacle qui honore Paris » (André Ransan, « Le Matin »).

ChambardLes quelque deux millions de spectateurs qui ont applaudi l’ouvrage à la création se souviennent des vingt tableaux tous plus somptueux les uns que les autres, et en particulier, parmi eux, « Paris d’en haut », exploit technique rendu possible par l’équipement en ascenseurs de la scène. D’abord, les toits de Paris la nuit sont l’occasion d’un ballet des chats époustouflant. Puis apparaît progressivement la mansarde de Cricri. Enfin, les trois étages de l’immeuble se dévoilent au spectateur :

« … les décors et les costumes, établis sur les maquettes de Raymond Fost, sont un enchantement : le paysage de Saint-Jean de Luz avec la Rhune au loin, Paris vu des toits de Montmartre, le « Moulin de la Galette », la baie d’Acapulco, le temple aztèque, et enfin le marché aux fleurs de Mexico » (René Dumesnil, «Le Monde»). Le Chanteur de Mexico, c’est également le triomphe de Francis Lopez auquel il y a lieu d’associer Paul Bonneau chargé des arrangements musicaux et de l’orchestration. Sans oublier les auteurs et en particulier Raymond Vincy brillant collaborateur du compositeur, jusqu’à sa disparition en 1968.

Francis Lopez a composé pour son Chanteur l’une de ses meilleures partitions dont les airs s’intègrent bien à l’atmosphère de l’action, des airs qui furent aussitôt sur toutes les lèvres : pour Vincent, « Mexico », « Rossignol de mes amours », « Acapulco », «  Il est un coin de France », « Maïtechu », « Quant on voit Paris d’en haut », « El Tequila », « Quand on est deux amis » (duo)… Pour Cricri, la touchante « Ca m’fait quéqu’chose », sans oublier pour Eva, la valse « Capricieuse » et pour Zapata, « Guarrimba ».

« La musique de Francis Lopez est chaude, colorée, brûlante même quand il s‘agit de danses mexicaines, mais aussi avec des chansons légères et douces... » (André Warnod, « Le Figaro ») ». Et puis il y avait Luis Mariano «  avec son sourire large et blanc» (« Combat »), Luis Mariano qui, comme toujours « chante à ravir, pousse la note jusqu’à faire pâmer les spectatrices » (« Le Figaro »), Luis Mariano qui « est le roi de la soirée. Tantôt juché sur un échafaudage et tantôt attaché au poteau du supplice, il domine les pires situations ». (W. L. Landowski, « Le Parisien »}.

 La distribution

05-Chanteur MexicoLuis Mariano, alors âgé de 37 ans (il en avouait 31), était en possession de tous ses moyens, sa voix se jouant de toutes les difficultés de la partition. Après ses triomphes dans La Belle de Cadix et Andalousie, il trouvait, avec le Châtelet un théâtre et avec Le Chanteur un ouvrage, à la mesure de son talent et de sa popularité. Mais on oublie un peu trop souvent que Luis Mariano ne chanta pas toute la série de représentations. Très demandé (galas, radio, cinéma), il céda la place vraisemblablement au cours de l’été 1952 et en 1953 à Rudy Hirigoyen, son cadet de cinq ans. Avec une approche différente du rôle, mais un égal talent, ce dernier permit à l’ouvrage de poursuivre sa triomphale carrière. En province, c’est également Rudy qui défendit le plus souvent Le chanteur de Mexico.

 

À ce succès, il y a lieu d’associer la fantaisiste Lilo (Cricri), alors inconnue mais dont la prestation particulièrement réussie allait lui permettre de faire carrière aux Etats-Unis (elle créa Can-Can de Cole Porter, 1953), le comique maison Pierjac (Bilou), Jacqueline Chambard (Eva), Jack Claret (Cartoni). Dans les petits rôles ou les chœurs, quelques inconnus qui devaient bientôt se faire une place au soleil : Dario Moreno (Atchi), Jane Rhodes, Alain Vanzo (quelque temps doublure de Mariano). Mais également un vétéran : le baryton d’opéra-comique et d’opérette Robert Jysor qui connut la gloire entre les deux guerres (rôle de Zapata).

 Mexico-filmLe film

Le Chanteur de Mexico est devenu un film en 1956. Auprès de Luis Mariano, Bourvil et Annie Cordy remplaçaient Pierjac et Lilo. Comme la plupart des films musicaux français, ce Chanteur-là était très éloigné des fastes du Châtelet. Une belle affiche, de belles recettes. Mais un résultat artistique décevant (1956).

 


Version 2006

En 2006/ 2007, le théâtre du Châtelet monte Le Chanteur de Mexico dans une nouvelle production. Le livret de 1951, considéré comme obsolète, est « révisé » par Agathe Mélinand. L’original a peut-être vieilli, mais on ne peut pas dire que la nouvelle version ait apporté du sang neuf. L’histoire commence comme cela :

« A Paris dans un studio de cinéma, on tourne Le Chanteur de Mexico… »
. Donc du « théâtre dans le théâtre ». Vieille recette. Francis Lopez et ses librettistes avaient déjà utilisé quelques années plus tôt ce procédé pour leur Belle de Cadix et ils n’en étaient pas les précurseurs, loin de là.
En tête de distribution, le ténor Ismaël Jordi mondialement connu en opéra, brillant ténor, lequel n’a pas vraiment assimilé le style opérette. En alternance, le jeune Mathieu Abelli, était bien plus à l’aise scéniquement.
Franck Leguérinel fut un excellent Bilou.
Mais, dans les autres rôles, certains artistes, vedettes du petit écran, n’avaient guère leur place dans ce type de spectacle.

Par contre, il y a lieu de saluer la prestation de l’Orchestre Philharmonique de Radio France (2006) et de l’Orchestre National d’Ile-de-France (2006 et 2007), sous la direction de Fayçal Karoui : Francis Lopez a été rarement aussi bien servi.

C’est la version traditionnelle qui est actuellement reprise.

L’ARGUMENT :

Acte I

Un jeune basque, Vincent Etchebar, chanteur et danseur de fandango, est la coqueluche des filles de la région. Il rêve de devenir une vedette de l’opérette et de la chanson, mais pour l’heure, il poursuit une intrigue amoureuse avec Eva, la célèbre divette parisienne. Le départ de la jeune femme, qui doit chanter une opérette à Mexico et l’insistance de son ami d’enfance Bilou, le décident : il montera à Paris tenter sa chance.

À Montmartre, Vincent et Bilou font la connaissance de Cricri, une adorable « petite poulbote », mais dont la tenue laisse assez à désirer. Bilou tombe amoureux de Cricri qui, elle, a le coup de foudre pour un Vincent qui ne se rend compte de rien. Les deux amis s’aperçoivent que conquérir la capitale n’est pas aussi facile que cela : aucun impresario ne veut prendre la peine d’écouter le jeune basque. Mais Cricri est là ! La jeune fille inscrit Vincent au concours de chant du Moulin de la Galette qui est radiodiffusé. Comme il se doit, notre héros et néanmoins ténor remporte le premier prix…

Pendant ce temps, Eva remet tout d’abord en cause son départ pour Mexico. En effet, son contrat précise que son partenaire doit être le chanteur mexicain Miguelito. Or ce dernier refuse, sans raison apparente, de se rendre au Mexique. C’est bien entendu Vincent qui se substituera à Miguelito, avec l’accord, d’abord réticent d’Eva : comme le Mexicain a quitté son pays très jeune, personne ne découvrira la supercherie. Et que vogue la galère ! Ainsi, accompagnés de Bilou et de Cricri, Vincent et Eva, dont l’idylle peut se renouer, s’embarquent pour le Mexique.

Acte II

Après un mois de triomphe, nos héros prennent quelques jours de repos à Acapulco. Cricri, pour séduire Vincent, est devenue coquette, élégamment habillée, en un mot ravissante. Tout serait donc parfait si l’ombre du révolutionnaire Zapata ne rôdait dans les parages. Peu après Vincent/ Miguelito est fait prisonnier par Zapata, qui, en réalité, est un agent secret hostile à la cause des révolutionnaires. Mais les carabiniers arrivent à temps avec, à leur tête Miguelito, qui s’excuse auprès de Vincent des dangers qu’il lui a fait courir. Mais c’était pour le bien de la patrie ! Bon prince, Vincent pardonne, et comme nous approchons du final, il se rend enfin compte de l’amour que lui voue Cricri. Ainsi donc, Vincent et Cricri s’uniront ainsi que Eva et Miguelito tandis que Bilou filera le parfait amour avec Tornada, une tumultueuse Mexicaine. Tout se terminera à la fête des fleurs de Mexico !

Jean-Claude Fournier

 Sources
 :
Luis Mariano par Joëlle Montserrat (Pac, Paris,1984).
Histoire de l’Opérette en France par Florian Bruyas 
(Emmanuel Vitte, 1974).
Programme de la création.

Documentation personnelle


 -Pierjac-Lilo-Hirigoyen

LA PARTITION :


Acte I :

Ouverture ; Chœur des estivants « C’est la fête à Saint-Jean de Luz » ; Air « Je suis seul, Ay Bilou » (Bilou, chœur) ; Valse « Capricieuses » (Eva, chœur) ; Air « Il est un coin de France » (Vincent, chorale basque) ; Chanson « Maïtechu » (Vincent) ; Duo « Quand on est deux amis » (Vincent, Bilou) ; Air « Je suis née dans le quartier… Et voilà comment » (Cricri) ; Chanson « Travailler sur un échafaudage… Quand on voit Paris d’en haut » (Vincent) ; Duo puis trio « Quand on est trois amis » (Cricri, Bilou, Vincent) ; Chœur « Faisons la fête » ; Concours de chant : « La cantinière n’est pas fière » (la cantinière), Duo « Mademoiselle, écoutez-moi » (les fantaisistes), Chanson « Il était une fois une fille de roi… Rossignol de mes amours » (Vincent, choeur) ; Finale I : « Nous allons prendre le bateau » (Cartoni, les journalistes, les pseudo allemands), air « On a chanté les parisiennes… Mexico» (Vincent, chœur), « Que la vie est jolie » (tous)

Acte II :

Chœur d’entrée « Quel pays magnifique » (Mexicains, Mexicaines) ; Air « Je me souviendrai d’Acapulco » (Vincent) ; Air « Quand il me prend gentiment la main…Ça m’ fait quelque chose » (Cricri) ; Chœur des femmes-soldats « C’est la légion de Tornada » (Tornada et sa légion) ; Chanson « Goûtons à la liqueur du vieux Mexique… Le Téquila » (Vincent, chœur) ; Air « J’ai fait trois fois le tour du monde » (Cartoni) ; Air « Guarimba, Dieu des combats » (Zapata, chœur) ; Air « Loin de tout » (Vincent) ; Réminiscences « Quand tu me tiens simplement contre toi » (Cricri, Vincent) ; Final II « Mexico, Mexico est une fête » (tous)

FICHE TECHNIQUE :



Le C
hanteur de Mexico (création)

Opérette à grand spectacle en 2 actes et 20 tableaux. Musique de Francisaffiche Lopezlivret de Félix Gandéra et Raymond Vincy; lyrics de Raymond Vincy et Henri Wernert. Arrangements musicaux de Paul Bonneau. Mise en sne de Maurice Lehmann ; chorégraphie de George Gué ; maquette des décors et costumes de Raymond Fost ; direction musicale, Félix Nuvolone.

Création à Paris, théâtre du Châtelet le 15 décembre 1951 avec Lilo (Cricri), Jacqueline Chambard (Eva), Monique Bert (Tornada), Luis Mariano puis Rudy Hirigoyen (Vincent), Pierjac (Bilou) Jack Claret (Cartoni), Robert Jysor (Zapata), Dario Moreno (Atchi), Albert Estève (Miguelito), Sam Max (Guanich/ Aguiro). Éditions Chappell

 

DISCOGRAPHIE :


 

Sélections vinyle

. Janine Ribot, Rudy Hirigoyen, Jack Claret. Orch. Paul Bonneau
CBS 88 182

. Luis Mariano, Pierjac. Orch. Jacques-Henri Rys
EMI C 062 10402 (1 face).
Au verso : Chevalier du Ciel

Sélection CD

Luis Mariano, Lilo, Pierjac.
Marianne Mélodie 061716 (1CD)(+ bonus : récital Luis Mariano)

 Intégrale CD

Cathy Albert, Monique Bost, Rudy Hirigoyen, Christian Borel. Orch. Jo Moutet
Universal Accord 4769995 (2 CD) & Musidisc 268 (2 V)


Le dossier que nous vous présentons est largement inspiré du n°140 (août 2006) de la revue « Opérette Théâtre-Musical ».

Dossier © Académie Nationale de l’Opérette