Cent Vierges (Les)

Les Cents Vierges

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Les Cent Vierges

Charles Lecocq
1832 -1918

I. L’ARGUMENT
II. LA PARTITION
III. FICHE TECHNIQUE
IV. DISCOGRAPHIE
V. RÉFÉRENCES

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Charles Lecocq

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Les Cent Vierges :


Aujourd’hui, si Les Cent Vierges n’ont pas complètement disparu du répertoire, il faut malgré tout constater qu’elles sont assez rarement représentées. Qui plus est, le livret original de Clairville, Chivot et Duru est lui, passé complètement aux oubliettes.
En effet aux temps sombres de l’occupation allemande (1942), le théâtre de l’Apollo présenta une version entièrement nouvelle due à Albert Willemetz et André Mouézy-Eon. La partition de Lecocq avait été entièrement conservée, mais les nouveaux auteurs modifièrent la place des numéros et, bien entendu, le texte. Pour Madame Cariven (épouse du chef d’orchestre), c’est la censure allemande qui est  » responsable  » de cette situation : il n’était alors pas question de représenter un ouvrage dont l’action se passait en partie en Angleterre. Soit.

Mais il faut tout de même souligner que dans le domaine du  » dépoussiérage « , Albert Willemetz n’en était pas à son coup d’essai : pour Joséphine Baker, il avait déjà  » remodelé  » en 1934 La Créole d’Offenbach. Pus tard, en 1948, il devait présenter, en collaboration avec Mouézy-Eon, une nouvelle version de La Grande Duchesse de Gérolstein, sous le titre La Grande Duchesse. Pour ce dernier ouvrage, le résultat fut moins probant que pour Les Cent Vierges et l’on revint bien vite au texte de Meilhac et Halévy.

En 1857, Lecocq avait remporté, ex-æquo avec Bizet, un concours d’opérettes organisé par Offenbach. Le résultat n’eut pas de conséquence immédiate pour lui. Lecocq dut encore attendre une dizaine d’années avant d’obtenir un premier succès avec Fleur de Thé, une chinoiserie musicale en 3 actes, représentée à l’Athénée en 1868.
La guerre survint. La folle époque des années 1860 semblait bien terminée… Réfugié à Argenteuil, Lecocq estima que les théâtres parisiens ne rouvriraient pas avant longtemps. Il devait vivre et faire vivre les siens. Il fut heureusement remarqué par Humbert, le directeur des Fantaisies-Parisiennes de Bruxelles, toujours à l’affût de talents nouveaux. Hubert commanda à Lecocq une grande opérette. Le compositeur s’adressa à Chivot et Duru pour le livret, auquel participa également Jules Clairville, le doyen des vaudevillistes.

Les Cent Vierges réussirent remarquablement à Bruxelles, mieux qu’à Paris, aux Variétés, en mai 1872. C’est à l’occasion de la reprise de 1875 que l’ouvrage fut apprécié à sa juste valeur dans la capitale. Le succès de l’opérette encouragea Lecocq. Le directeur Humbert lui commanda un nouvel ouvrage. C’est ainsi que quelques mois plus tard était créée La fille de Madame Angot. Mais ceci est une autre histoire…

L’ARGUMENT :


Version originale:

Acte IÀ Londres, dans une taverne. Le capitaine Thompson évoque l’île Verte, lointaine possession anglaise où s’impatiente une centaine de colons privés de femmes. Un premier navire n’étant jamais parvenu à destination, le jour où commence cette histoire, cent jeunes filles destinées à devenir les épouses légitimes des malheureux célibataires doivent être enrôlées et embarquées.

Marié la veille à Gabrielle, le duc Anatole de Quillembois est venu en Angleterre avec son épouse pour passer sa lune de miel. Il retient la chambre n°4, tout en déplorant que les usages dans le grand monde ne lui aient pas encore permis de se retrouver seul avec son épouse. Et ce n’est pas fini ! Car le couple Poulardot – le mari est fabricant de pâtes alimentaires -, qui s’est entiché des jeunes mariés, ne les quitte pas. « Partout où vous irez, nous vous suivrons », déclare Eglantine Poulardot. Les voici à la taverne où les problèmes de logement sont tels que la nuit de noces sera encore différée : les femmes coucheront dans la chambre n°4, les hommes dans une soupente.
Le matin suivant, les maris partent s’occuper des bagages, tandis que les deux femmes décident de visiter l’un des vaisseaux à quai, évidemment celui sur lequel doivent être embarquées les vierges. La demande de visite signée est confondue avec un acte d’enrôlement et voici Gabrielle et Eglantine conduites jusqu’au navire en compagnie du  « troupeau charmant » . Quand Anatole et Poulardot réapparaissent, c’est pour apprendre que leurs deux femmes ont signé pour l’île Verte où elles devront prendre époux.

Acte IIDans l’île Verte, le Gouverneur Sir Jonathan Plupersonn et son secrétaire Brididick ne peuvent que s’associer aux récriminations des colons inassouvis. Enfin, un vaisseau se présente… Les damoiselles – dont Eglantine et Gabrielle – ne sont plus que 19, le reste du troupeau s’étant évanoui au cours des escales. De leur côté, Poulardot et Anatole, qui sont arrivés sur un tonneau, se dissimulent pour écouter et voir sans être vus. Gabrielle et Eglantine protestent et refusent énergiquement de se marier à nouveau. La vertu de leurs épouses réconforte les deux naufragés dont le contentement est de courte durée : s’ils se présentent, ils seront jetés à la mer, déclare le Gouverneur. Quelques instants plus tard les deux maris ont l’occasion de se faire reconnaître de leurs moitiés. Devant le danger, une décision est prise : Poulardot et Anatole, déguisés en femmes, sont présentées au Gouverneur comme étant la mère et la fille. Le partage a lieu par tirage au sort. Les épouses sont dévolues à deux colons tandis qu’Anatole et Poulardot épouseront respectivement le Gouverneur et son secrétaire.
Acte IIIAu Palais du Gouverneur, la fête des épousailles réunit Plupersonn, Brididick, Anatole et Poulardot. Pour se soustraire aux privautés dont ils sont l’objet, Anatole et Poulardot s’enferment dans leur chambre nuptiale, non sans avoir auparavant souffleté les deux « maris  » décidément trop entreprenants. Deux colons ont subi le même traitement de la part de Gabrielle et Eglantine ; ils ont également découvert des vêtements masculins qui pourraient laisser à penser que les deux femmes sont des hommes. Bien vite disculpées, elles sont rejointes par Anatole et Poulardot qui ne cachent plus leur véritable nature. Le Gouverneur décide alors de faire jeter à la mer les deux imposteurs. Pendant qu’Eglantine prend la tête d’une insurrection sur l’île, Gabrielle s’efforce de séduire le Gouverneur afin de gagner du temps. Plupersonn, tout en soupçonnant le stratagème, retarde l’exécution ; la tension monte sur l’île ; mais l’arrivée inespérée du navire égaré met fin à toute tentative d’insurrection. Chacun aura sa chacune, mais pour les quatre protagonistes, transplantés bien malgré eux, ce sera à Paris qu’ils roucouleront.

D’après un texte de Didier Roumilhac ( » Opérette  » n°59)

Version 1942:

Acte ILe bal Mabille à Paris. Gabrielle de Lestange doit épouser Anatole de Quillembois. La veille du mariage, afin d’imiter son futur mari, elle décide « d’enterrer sa vie de jeune fille ». Pour ce faire, elle se rend seule au bal Mabille, où elle fait la connaissance des époux Poulardot, fabricants de pâtes alimentaires, qui poursuivent un voyage d’agrément, et de Marcel Davray, jeune artiste peintre qui lui fait aussitôt une cour empressée.
Anatole de Quillembois survient, passablement gai. Il ne s’étonne pas de la présence de sa fiancée qu’il attribue à la jalousie. Les Poulardot trouvent les futurs époux si sympathiques qu’ils décident de les accompagner pendant leur voyage de noces. Marcel Davray jure un amour éternel à Gabrielle, qui est troublée malgré elle, et lui assure que le mariage ne sera pas consommé.

Le cabaret de Baptistin à Marseille. Les colons de l’île Verte, nouvelle possession française du Pacifique, attendent cent vierges afin d’en faire leur femme. Une première cargaison n’étant jamais parvenue à destination, le capitaine Bordenave prépare le départ d’une nouvelle expédition. C’est dans le cabaret de Baptistin, où Anatole et Gabrielle ont retenu une chambre, que l’enrôlement se fait. Anatole est mécontent. Par suite d’incroyables contretemps, son mariage n’a pu être consommé. De plus, le ménage Poulardot s’accroche à eux comme des sangsues.
Marcel réussit à se trouver seul avec Gabrielle. Il apprend à la jeune femme, qui ne paraît pas trop fâchée, qu’il est responsable des difficultés qui mettent Anatole de si mauvaise humeur. Opportune Poulardot et Gabrielle décident de visiter un navire. Marcel saisit l’occasion pour les faire monter sans qu’elles s’en rendent compte sur le bateau qui s’apprête à appareiller pour l’Ile Verte. Il se fait lui-même enrôler comme garçon de cabine, et bientôt, sur le quai, les maris voient avec désespoir leurs épouses disparaître à l’horizon.

Acte IIUn site pittoresque sur l’Ile Verte. Le Gouverneur Duflacnard et son secrétaire subissent la mauvaise humeur des colons très mécontents de l’absence des vierges promises. Enfin, un navire accoste. Il faut vire déchanter, car le cheptel s’est en grande partie évaporé au cours des escales. Ces dames ne sont plus que quatorze parmi lesquelles Opportune et Gabrielle. En attendant qu’une solution soit trouvée pour le partage, les colons s’en vont vaquer à leurs occupations. Opportune et Gabrielle tentent de faire comprendre au Gouverneur que leur présence est le résultat d’une erreur, qu’elles sont déjà mariées, et que leurs époux ne tarderont certainement pas à les rejoindre. Duflacnard reste incrédule. Il a d’ailleurs bien besoin de toutes ses vierges. Il prévient donc les deux femmes, que si les maris se présentent, ils seront jetés à la mer.

Quelques instants plus tard Marcel apparaît. Gabrielle n’en croit pas ses yeux. Il lui annonce qu’il est devenu citoyen de l’Ile, et qu’il va pouvoir l’épouser grâce à la complicité du secrétaire, qui n’a pas été insensible à la vue de quelques espèces sonnantes et trébuchantes. Gabrielle ne proteste que pour la forme lorsque Marcel la prend dans ses bras.
Nouvelle surprise avec l’arrivée de Poulardot et d’Anatole, qui ont réussi à rejoindre l’île. Pour éviter que Duflacnard ne mette ses menaces à exécution, leurs deux épouses légitimes leur conseillent de se déguiser en femmes. Anatole et Poulardot, découverts alors qu’ils ont revêtu des habits féminins, sont réunis aux autres vierges. Les projets de Marcel sont remis en cause car le Gouverneur a décidé de procéder à un tirage au sort pour l’attribution des épouses. Ce qui est aussitôt fait. Gabrielle et Opportune sont dévolues à deux colons, Poulardot et Anatole à Duflacnard et à son secrétaire.
Au Palais du Gouverneur, Poulardot et Anatole suscitent une révolte parmi les colons restés en manque… d’épouses. Marcel survient, se fait connaître à Anatole, et lui annonce qu’il est le futur mari de sa femme. Anatole est stupéfait. Le Gouverneur fait arrêter les trois hommes, mais la rébellion est victorieuse et Marcel est nommé Gouverneur. Anatole se rend compte que Gabrielle aime Marcel. Il décide de se sacrifier. De retour en France, il fera prononcer le divorce et ira se consoler avec les petites femmes du bal Mabille. Coup de théâtre final. Le navire que l’on croyait disparu à tout jamais accoste avec ses cent vierges. Chacun aura sa chacune et Gabrielle sera heureuse avec Marcel

LA PARTITION :


Version originale:

Ouverture
Acte I : Chœur des buveurs « Vive le gin, vive la bière ! » ;  « J’ai la tête romanesque » (Gabrielle) ; Duo Anatole-Gabrielle « Dans les forêts de l’Amérique » ; Chœur « Voici le moment de l’enrôlement » , chœur des jeunes filles, chœur des assistants ; « Nous allons le voir, ce joli navire » (Gabrielle et Eglantine), ensemble

Acte II : Couplets « Sans femmes » (Brididick, Plupersonn) ; Ensemble « Au bonheur, à la joie, aujourd’hui livrons-nous » ;  « Il faut obéir à la loi » (Plupersonn, Gabrielle, Eglantine) ; « Allez mes tourterelles » (Plupersonn, Brididick, les colons, les émigrantes) ; Quatuor « Silence ! Silence ! » (Anatole, Poulardot, Eglantine, Gabrielle) ; « O Paris, gai séjour » (Gabrielle) ; « Un petit coup » (Anatole) ; Final II

Acte III : Chœur « Pour faire honneur au gouverneur » ; Quatuor « A table, chassons l’humeur noire » (Plupersonn, Brididick, Anatole, Poulardot) ; Duo Eglantine-Gabrielle « Ah ! Monsieur le secrétaire » et ensemble ; Plupersonn et Gabrielle « je t’aime » ; Final III


Version 1942:

Ouverture
Acte 1: Ensemble du Cancan ; Couplets de Gabrielle « J’ai la tête romanesque » ; Couplets de Marcel « Malgré vous, partout » ; Quintette « Du Cliquot » (Anatole et les femmes) ; Valse-duo « Il n’est pas de bonheur » (Marcel et Gabrielle) ; Ensemble du pastis (Baptistin et chœurs) ; Duo Anatole-Gabrielle « Dans les forêts de l’Amérique » ; Couplets de la lettre « Avec vous, partout » (Gabrielle) ; Ensemble « Voici le moment de l’enrôlement » ; final I

Acte 2 : Duo-bouffe « Sans femme » (Duflacnard, Clopinette) ; Ensemble « Cent femmes » ; Ensemble « Dans cette île verdoyante » ; Allez, mes tourterelles (Duflacnard, Clopinette, colons) ; Couplets de Marcel « Certes, l’amour, ce fléau redoutable » ; Grande Valse « O Paris, gai séjour » (Gabrielle) ; Quatuor « Deux nouvelles femmes ici » et duetto (Anatole, Poulardot) ; « Ah cette idée est fort jolie ! » ; Duo Marcel Gabrielle « Je t’aime, je t’aime » ; Couplets d’Anatole « Maman m’a dit » ; Chœur « Pour faire honneur au Gouverneur » ; Quatuor et couplets d’Anatole « A table, chassons l’humeur noire » ; Duetto « Ah! Monsieur le Secrétaire » (Gabrielle, Opportune) ; Final II

FICHE TECHNIQUE :


Les Cent Vierges

Version originale :

Opérette au 3 actes de Jules Clairville, Henri Chivot et Alfred Duru. Musique : Charles Lecocq.

Création mondiale : Bruxelles, théâtre des Fantaisies-Parisiennes, le 16 mars 1872, avec:
Mario Widmer (Anatole), Jolly (Sir Plupersonn), Charlier (Poulardot), Nardin (Brididick), Durieu (Crockley), Haly (le capitaine Thomson), Madame Gentien (Gabrielle), Delorme (Eglantine), Dubouchet (Fanny)

Création française : Paris, théâtre des Variétés, le 13 mai 1872, avec :
Berthelier (Anatole), Kopp (Sir Plupersonn), Hittemans (Poulardot), Léonce (Brididick), Blondelet (Crockley), Alexandre Michel (le capitaine Thomson), Mesdames Van Ghell (Gabrielle), G.Gauthier (Eglantine), Alice Regnault (Fanny)

Version 1942:

Opérette en 2 actes et 7 tableaux, version nouvelle d’André Mouézy-Eon et Albert Willemetz. Musique de Charles Lecocq.

Présentée pour la première fois au théâtre Apollo à Paris, le 15 septembre 1942, avec :
Georges Milton (Anatole), René Lenoty (Marcel), Duvaleix (Poulardot), Urban (Duflacnard), H. Marchand (Clopinette), Cl. Jourda (capitaine Bordenave), Rouget (Baptistin), Germaine Roger (Gabrielle), Jeanne Perriat (Opportune), Lucienne Réal (Irma). Direction musicale : Marcel Cariven. Mise en scène de Georgé.

DISCOGRAPHIE :


Il n’existe pas d’enregistrement des Cent Vierges (vinyl ou CD). Par contre, la version 1942 a été enregistrée par l’ORTF (diffusion le 29 décembre 1972), mais n’a pas été commercialisée.

© Académie Nationale de l’Opérette août 2016