Planquette Robert

Planquette Robert

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ROBERT PLANQUETTE

1848 – 1903

I. BIOGRAPHIE
II. REFÉRENCES
III. OEUVRES

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OEUVRES ASSOCIEES

Les cloches de corneville
Rip

REVUES ASSOCIEES

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BIOGRAPHIE :


Robert Planquette, (1848-1903) le compositeur des célèbres Cloches de Corneville, de Rip, et de bien d’autres ouvrages tombés dans l’oubli est un musicien finalement assez peu connu et qui, selon Guy Lafarge, « sans atteindre au génie d’Offenbach, sans posséder la verve étourdissante d’Hervé, moins fin, moins délicat que Lecocq, plus limité qu’Edmond Audran, mérite cependant une place d’honneur parmi les maîtres de notre opérette nationale. Il a ouvert la voie à l’opérette populaire directement issue du monde de la chanson… » monde qu’il connaissait bien puisque c’est au music hall, où il fit d’abord carrière, qu’il apprit à tourner des mélodies franches et pleines d’allant dont on retrouve, à côté airs plus recherchés, la robuste gaieté dans ses opérettes.

Issu d’une famille d’origine normande, c’est à Paris que naquit, le 31 mars 1848 (1),planquette Jean, Robert, Julien Planquette. Elevé dans le milieu musical, sa mère chantait à l’Opéra et lui donna ses premières leçons, il s’intéressa rapidement à la musique et entra au Conservatoire. Sans manifester de dons particuliers, il remporta un premier prix de solfège en 1867 et un second prix de piano l’année suivante, puis suivit les cours d’harmonie de Jules Duprato. Pressé de voler de ses propres ailes, il quitta le Conservatoire assez rapidement, trop vite sans doute pour bien assimiler les finesses de l’orchestration et, afin de gagner sa vie, tint le piano-orchestre au Concert de l’Epoque, sur le boulevard Beaumarchais ; il se mit aussi à fréquenter les autres cafés-concerts : l’Eldorado, l’Alcazar…

DEBUTS AU CAFE-CONCERT

il-pleuvait-2Ses premières travaux comprennent des réductions pour piano d’opéras, des adaptations de pages célèbres, des mélodies et des romances : L’ami printemps, Après la moisson, La chercheuse de clair de lune,… mais c’est surtout dans le domaine des chansons et chansonnettes que son imagination fut la plus féconde. S’adaptant au goût du public populaire, il composa de nombreux couplets pour les vedettes qui se produisaient dans les caf’ Conc’, notamment celles de l’Eldorado. Pour Judic, la reine du sous-entendu, il troussa les musiques de « Bras d’sus bras d’sous », « C’est si fragile », « Je suis discrète », « Les jeunes filles »… pour Théo, celles de « Fauvette et bouvreuille », « La fille à papa », « Lettre à mon mari réserviste », … et pour Paulus, le gambillard, « La famille électrisée », « La frileuse », « Les herboristes »… Parmi les autres gloires de l’époque, aujourd’hui oubliées, évoquons Augustine Kaïser, Suzanne Lagier, la belle Alexandrine Chrétienno.

Comme la mode était également à la tyrolienne, il en composa plusieurs mais c’est surtout dans le domaine de la chanson militaire qu’il se sentait à l’aise. Une douzaine de ces airs furent réunis en un recueil publié en 1870 sous le titre : Les refrains du régiment. L’un d’eux, la marche « Sambre et Meuse » connut un beau. Composée en 1867 sur des paroles de Paul Cézano, elle fut créée avec succès à Ba-ta-clan par le baryton Lucien Fugère alors chanteur de cabaret. Ayant besoin d’argent, Planquette en céda tous les droits à son éditeur pour une somme modique, geste qu’il dut regretter par la suite lorsque, transformée en pas redoublé par P. Rauski, elle devint l’une des plus célèbres marches militaires françaises. Parmi les nombreux artistes qui l’on chantée citons les plus connus : Caruso (1919), Lucien Muratore (1930), André Dassary (1958), Armand Mestral (1958), Michel Dens (1972) et Alain Vanzo (1995).

LES PREMIERES OPERETTES

Robert Planquette était alors un jeune homme insouciant, gai et convivial, à la physionomie sympathique, se partageant entre la musique et divers sports, la boxe, le chausson (ancien nom de la savate) et qui aimait se détendre en parcourant les dunes des bords de la Manche. Bon camarade, il divertissait ses amis en jouant du piano et en chantant ; sa voix à la tessiture particulièrement étendue, pouvait même atteindre le sol suraigu,. Son talent d’amuseur et la souplesse de sa voix lui furent sans doute utiles pour composer ses premières opérettes, en fait de petits ouvrages à deux ou trois personnages. Ces piécettes terminaient les soirées des cafés-concerts en réunissant les vedettes maison après leur tour de chant. Le succès, quand il était présent, était éphémère mais il permettait aux compositeurs de « se faire la main ».

Planquette en écrivit une petite dizaine de 1872 à 1876, dont le premier semble être Méfie-toi de pharaon (de Villemer et Delormel) qui fut joué le 12 octobre 1872 à l’Eldorado, sans marquer particulièrement l’auditoire.
Par contre, Paille d’avoine, donné dix huit mois plus tard aux Délassements-Comiques, connut un réel succès.
L’intrigue de ce petit opéra-comique (écrit par Lemonnier, Jaime et Rozale) est située dans un village normand et reprend la formule classique de la fermière et de ses deux amoureux.
Le premier, Paille d’Avoine, brave garçon sans fortune et des plus timides, n’ose pas avouer son amour à Bluette, la jeune et riche fermière. Lubin, le meunier, désire lui aussi épouser la jeune fille mais uniquement par intérêt. Feignant d’aider Paille d’Avoine, il lui conseille de faire sa déclaration à Bluette en lui laissant croire qu’il on-demande-une-femme-de-chambreparle pour un autre, puis se fait passer pour cet autre. Bluette, qui préfère Paille d’Avoine, se laisse cependant prendre au stratagème et accepte d’épouser Lubin. Se voyant trahi, Paille d’Avoine surmonte sa timidité et réussit à retourner la situation à son profit
. La partition, regroupant une introduction, six airs courts, un duo et un trio final, est vive et bien venue.

Suivirent, aux Délassements-Comiques : Le péage (1874), à L’Eldorado : Le serment de Madame Grégoire (1874) et Le Zénith (1875), à l’Alcazar : La clé du Sérail (1875, en collaboration avec F. Barbier), Le valet de cœur (1875) et, l’année suivante : La confession de Rosette, chantée par Théo à Monte Carlo, et On demande une femme de chambre par Judic au Théâtre de Société à Paris. Ces petits ouvrages qui prouvaient que Planquette pouvait composer autre chose que des chansonnettes et des marches, attirèrent l’attention de Cantin, le directeur des Folies-Dramatiques, qui lui donna sa chance avec ce qui allait devenir son titre de gloire..

LES CLOCHES DE CORNEVILLE

Les Cloches de CornevilleL’intrigue de cet opéra-comique en trois actes et quatre tableaux de Clairville et Gabet, située sous le règne de Louis XIV et racontant le retour, après un long exil, du marquis de Corneville qui, après avoir retrouvé son château, épouse une jeune fille qu’il a sauvé de la noyade (voir fiche).
Cantin lui confia le manuscrit des Cloches, en précisant qu’il voulait répéter le premier acte huit jours plus tard ! Bien que paresseux par nature mais conscient de l’enjeu, Planquette se mit au travail comme un forcené, composa le chœur d’entrée en vingt minutes et le premier acte en trois jours. Douze jours plus tard, tout était terminé et l’opéra-comique entrait en répétitions. Le succès ne fut pas vraiment net le soir de la création, le 19 avril 1877. Si le public apprécia moyennement la pièce, la critique se déchaîna aussi bien contre le livre que contre la musique. A la fin de la saison théâtrale, après soixante représentations, Cantin pouvait penser que le succès de la pièce était épuisé à Paris ;   il décida de la présenter à Bordeaux, au cours de la saison d’été qui permettait d’occuper la troupe des Folies- Dramatiques, et fut étonné de l’immense succès qu’elle remporta, cinquante représentations au Grand Théâtre, ce qui l’incita à la remettre à l’affiche lors de la rentrée parisienne suivante.

les-cloches-le-marche
Là le succès s’affirma et l’œuvre fut donnée quatre cents fois de suite ! Les critiques oubliées, les spectateurs s’étaient entichés des nombreux « tubes» qui émaillent chacun des trois actes : « Va petit mousse », L’air des cloches, « J’ai fait trois fois le tour du monde », « La salle de mes ancêtres », La chanson du cidre, « Je regardais en l’air » … qui font des Cloches de Corneville l’une des opérettes les plus jouées, non seulement en France mais aussi dans le monde.

Dans la foulée des Cloches, Planquette produisit régulièrement une petite vingtaine d’opéras-comiques. Parmi les premiers on trouve encore deux ouvrages en un acte :
Le Chevalier Gaston, composé sur un livret de Pierre Véron, fut créé le 8 février 1879 à Monte Carlo, sans d’ailleurs susciter un enthousiasme particulier, malgré la présence de Célestine Galli-Marié (la créatrice de Carmen) qui interprétait l’un des quatre personnages de l’ouvrage.
Le Fiancé de Margot, donné en représentation privée à Paris, met en scène, dans un amusant livret d’Alexandre Bisson, deux auvergnats, Margot et Blaise.
Blaise, monté à Paris pour y travailler, est de retour au pays après six ans d’absence et s’apprête à retrouver Margot qui avait promis de l’attendre. Celle-ci est heureuse de ce retour mais ne sait comment lui annoncer qu’entre temps elle s’est mariée trois fois et qu’elle est trois fois veuve ! Avec un mélange de rouerie et de naïveté accompagné d’un repas bien arrosé, elle réussit à lui faire avaler la triple pilule, d’autant plus que chacun de ses mariages a contribué à lui donner une certaine aisance et la possession d’une épicerie-mercerie, ce qui n’est pas à négliger. La joyeuse partition de Planquette comprend une ouverture, trois airs pour chacun et deux duos dont le second, qui sert de final, reprend les motifs les plus entraînants.

Avant de passer aux ouvrages plus importants, citons deux revues auxquelles Planquette fut associé : Babel-Revue, 4a de Burani et Philippe, (Athénée 10 janvier 1879, avec L.Varney et Ed. Olokowicz), et Les Etoiles de Paris, 5a de Burani, Pourcelle, Arrachant et Kalker (Th. de la République, 17 septembre 1895). Le second acte de cette revue fut parfois joué seul sous le nom des 28 jours de Champignollette ; ce titre, qui rappelle Les 28 jours de Clairette, nous amène à évoquer un genre d’opérettes que Planquette aborda par six fois et qui lui convenait bien, quand on se souvient de sa facilité à trousser marches et chants patriotiques :

LES OPERETTES MILITAIRES 

Depuis longtemps, les spectacles légers se plaisaient à mettre en scène des soldats, aussi bien pour le piquant de leurs réparties ou l’aspect chatoyant de leurs costumes que pour l’entrain de leurs marches et autres sonneries ; que l’on songe à La fille du voltigeursrégiment, à La Grandeduchesse de Gérolstein ou au Petit Duc, pour ne citer que les plus célèbres. En 1880, le genre venait d’être particulièrement réactivé par: le triomphe de La Fille du tambourmajor d’Offenbach (13 décembre 1879. Koning, le directeur de la Renaissance, déçu par le semi échec de La jolie Persane de Lecocq, le compositeur-maison, décida de surfer sur la vague en confiant un « livret militaire » à Planquette.
Le livret des Voltigeurs de la 32e , de Gondinet et Duval, situe l’action sous le Consulat où Bonaparte, le héros de la Révolution, veut renouer avec l’ancien régime en tentant de marier ses officiers avec de riches aristocrates. Le compositeur dut se mettre rapidement au travail et les répétitions commencèrent avant que la partition ne fût achevée, si bien que ce n’est qu’à la première qu’il put être enfin présenté à l’actrice principale, Jeanne Granier. Le soir du 7 janvier 1880, le public accourut nombreux ; l’ histoire fut jugée amusante et bien défendue par une troupe excellente, mais la musique, trouvée un peu inférieure à celle des Cloches,  déçut légèrement ; elle pâtissait surtout de la comparaison avec celle de La fille du tambour-major, créée un mois plus tôt et toujours à l’affiche. La pièce fut donnée 73 fois, ce qui n’est pas mal mais n’en fait pas un véritable succès.

cantiniereLa Cantinière, autre opérette militaire que Planquette écrivit la même année pour les Nouveautés, suivit pratiquement le même itinéraire Le directeur, Brasseur, s’adressa à Planquette et lui offrit ce livret bien ficelé, de Burani et Ribeyre, dont l’action, située à Saint-Germain en Laye, se déplaçait du quartier du 36e de cavalerie à la fête des Loges, aux Terrasses dominant la Seine. Créée le 26 octobre 1880, la pièce déchaîna les rires ; la partition fut bien accueillie et Mlle Silly, dans le rôle de Victoire, bissa sa chanson du coq tandis que Berthelier, dans celui de Rastagnac, souleva l’enthousiasme avec les couplets de l’adjudant ; cependant la pièce finit par marquer le pas et ne put dépasser les 68 représentations.

Passons rapidement sur d’obscurs Chevau-légers, un acte de Péricaud et Delormel chevau-legerdonné le 15 février 1881 à l’Eldorado pour nous intéresser à La Cocarde tricolore, trois actes d’ Ordonneau tirés d’un vaudeville des frères Cognard et donnés sur la scène des Folies-Dramatiques le 12 février 1892. L’action, située en 1830, montrait l’armée française devant Alger, ce qui permettait de jolis décors et une mise en scène pittoresque, et alternait scènes comiques et moments plus forts. La partition correctement écrite, quoique sans originalité, était bien défendue par Vauthier dans un rôle de vieux grognard, par Larbaudière en jeune officier fringant et par la troupe féminine, mais le succès de la création s’émoussa encore plus vite que pour les pièces précédentes et La cocarde tricolore ne dépassa pas les 37 représentations, tous ces ouvrages se ressemblant et n’offrant plus aucune surprise.

cocardePlanquette eut sa revanche avec Mam’zelle Quat’sous, 4 actes de Mars et Desvallières qui évoquaient à la fois les halles de Mme Angot et les soldats de La fille du tambour-major, et qui furent donnés le 5 novembre 1897 à la Gaîté où la pièce succédait à une reprise des Cloches de Corneville qui dépassaient alors les 1700 représentations à Paris. La vaste scène de ce théâtre, qui accueillit la plupart des dernières œuvres de Planquette, permettait de grandes mises en scènes et Mam’zelle Quat’sous bénéficia d’une figuration importante, d’un ballet et d’un défilé militaire. Comme la partition, à l’inspiration facile et plaisante était l’une des meilleures du compositeur dans ce genre et que la distribution était à la hauteur, la pièce connut un grand succès et plusieurs airs furent bissés : la chanson à deux voix, « Les Fillettes de chez nous », ainsi que l’air de marche et les « Cris de Paris » chantés par Fugère.

La dernière pièce de Planquette dans ce genre fut Le Capitaine Thérèse, trois actes de Bisson et Carré qui parurent le premier avril 1901 à la Gaîté. Bien chantée mais reposant sur un sujet banal et une musique sans grande recherche, l’opérette échoua et ne dépassa pas les 26 représentations. En fait, elle n’était que l’adaptation française d’une oeuvre que Planquette avait composée onze ans plus tôt pour Londres, ville dans laquelle il menait une seconde carrière parallèle à celle française.

UNE CARRIERE ANGLAISE

Le grand succès, en 1878, de la création londonienne des Cloches de Corneville, incita H. B. Farnie, librettiste et directeur de théâtre qui avait acclimaté outre Manche diverses opérettes françaises, à confier à Planquette un livret anglais original.
Ce fut celui de Rip van Winkle. Le sujet de cet opéra-comique en 3 actes, co- signé avec Henri Meilhac et Philippe Gille, était tiré d’une pièce elle-même inspirée d’une nouvelle de l’écrivain américain Washington Irving.
Rip, l'opéra-comique en afficheL’action, située en 1763 en Amérique du Nord, se déroule dans et près d’un village des bords de l’Hudson, non loin des montagnes de Kaatskill dont il porte le nom. Le héros, Rip, qui préfère l’aventure et le rêve au travail, ce qui lui vaut la réprobation de sa femme, Nelly, et des autorités (la région est alors une colonie anglaise), espère découvrir le trésor autrefois caché dans la région par le capitaine Hudson et ce, malgré la malédiction liée à ce trésor. L’ayant découvert, il est condamné par le fantôme d’Hudson à dormir pendant vingt ans. A son réveil, devenu un vieillard, il se voit ignoré par ses enfants et rejeté par Nelly (voir fiche).
Créé le 14 octobre 1882 au Théâtre Comedy de Londres, Rip van Winkle connut un très gros succès et dépassa les 400 représentations, ce qui décida Henri Meilhac et Philippe Gille à adapter la pièce pour la France. Quelque peu remaniée et désormais intitulée Rip-Rip, l’œuvre fut donnée le 11 novembre 1884 aux Folies-Dramatiques avec un succès certain, 120 représentations, mais qui n’atteignit pas le triomphe londonien.
Une troisième version, agrandie en 3 actes et 7 tableaux et simplement intitulée Rip, celle qui est encore parfois représentée, fut élaborée pour la Gaîté et donnée avec succès le 18 novembre 1894. La nouvelle pièce diffère sensiblement des précédentes : le premier acte voit la disparition des Couplets de la boxe, chantés par Kate au début de la pièce, remplacés par les couplets comiques de Nick ; au second, Rip est doté d’un nouvel air, « Si je veux cette immense fortune », tandis que le terzetto « Eh bien, Monsieur », chanté par Nelly, Rip et Derrick disparaît. Par contre, du troisième acte primitif ne subsistent que l’air de la lettre, le duetto Lowna-Jacques et le trio ; le reste a été entièrement remanié. La fête de l’élection de Georges Washington est remplacée par les réjouissances liées au remariage de Nelly avec un ancien rival de Rip et ce dernier, que personne ne reconnaît, est rejeté par tous.

rip
Au dernier tableau, Rip, retrouvé par les siens, se réveille dans la forêt et comprend que tout ce qu’il vient de vivre n’est qu’un affreux cauchemar et que son sommeil n’a duré qu‘une seule nuit ; rassuré, il laisse éclater sa joie dans l’air « O Jeunesse ! » Ce morceau vient compléter une série d’airs réussis qui charment l’oreille et se fredonnent facilement ; les polkas : « Soyez bon, le pardon » de Jacinthe, « C’est un Illustration de l'Opéra-Comique Riprien, un souffle un rien » de Rip, le chœur « Nous cherchons un homme », la valse de Nelly « Pour marcher dans la nuit obscure », la douce mélodie de Rip « C’est malgré moi si j’ose » … qui font de Rip un ouvrage original, plus riche et plus nuancé que Les Cloches de Corneville.
Le grand succès de l’œuvre rapporta à Planquette de substantiels droits d’auteur qui firent sa fortune et lui permirent de se faire bâtir une jolie villa, appelée « Les Cloches » dans cette Normandie qui lui plaisait tant, à Merville (près de Cabourg) commune dont il devint conseiller municipal.

La carrière anglaise de Planquette se poursuivit avec Nell’ Gwynne, opéra-comique en 3 actes composé à nouveau sur un livret de Farnie.
L’intrigue s’inspire de la vie d’Eleanor (Nell’) Gwynne, célèbre actrice de comédie du XVIIe siècle qui débuta sa carrière en vendant des oranges au Drury Lane Theatre de Londres et la termina comme amante de cœur du roi Charles II à qui elle donna deux fils.
Créée le 7 février 1884 au Théâtre Avenue, l’œuvre séduisit surtout par sa partition mais ne fit qu’une courte carrière. Comme Rip, elle fut ensuite adaptée (par Ordonneau et André)   pour la scène française, celle des Nouveautés, où elle fut donnée le 7 décembre 1886 sous le titre de Princesse Colombine. Mais pas plus qu’à Londres le succès ne récompensa le talent de Planquette et la pièce disparut après 19 représentations. Cet échec succédait à un autre ratage du compositeur, celui de La Crémaillère (3 actes de Brasseur et Burani) donnée sur la même scène un an plus tôt (28 novembre 1885) et qui n’avait tenu que dix jours à cause d’un très mauvais livret.

L’engouement des Anglais pour Planquette se poursuivit avec The Old Guard, (adaptation pour Londres, des Voltigeurs de la 32e ,de 1880) qui fut donnée le 26 octobre 1887 au Th. Avenue et celle de Paul Jones, (adaptation de Surcouf, troisième grand succès de Planquette dont on parlera un peu plus loin).. Cet opéra-comique qui met en scène le célèbre corsaire français, farouche ennemi de l’Angleterre, ne pouvait être traduit tel quel et un nouveau livret fut concocté par Farnie afin d’utiliser la musique de Planquette que celui-ci retravailla en profondeur.
La nouvelle intrigue a pour héros John-Paul Jones, navigateur écossais de la fin du XVIIIe, négrier puis corsaire, qui mit son talent au service des Américains lors de la Guerre d’Indépendance et s’y illustra brillamment.

Donné le 12 janvier 1889 au Th. Prince of Wales, Paul Jones connut un grand succès, qui se prolongea à New York, ce qui entraîna une dernière création anglaise, celle de Captain Thérèse (trois actes de Bisson et Burnand) qui vit le jour le 25 août 1890 dans le même théâtre mais cette opérette militaire ne reçut pas un meilleur accueil que sa version française que nous avons déjà présentée plus haut.

LES DERNIERES OPERETTES

Donné trois ans après la première version française de Rip, Planquette offrait, sur la même scène des Folies-Dramatiques, un nouvel ouvrage de grande valeur, Surcouf.
surcouf
L’intrigue amusante et originale de Chivot et Duru, s’inspirant de quelques anecdotes de la vie du célèbre corsaire, débute à Saint-Malo où le jeune et fougueux Robert Surcouf est chassé de chez le riche armateur Kerbiniou dont il espère pourtant épouser la nièce, Yvonne. Embarqué comme corsaire, il se couvre de gloire dans la guerre qui, de 1798 à 1802, oppose la France à l’Angleterre. De retour au pays, il retrouve Yvonne mais celle-ci a été promise à un autre. Enlevé et emmené en Angleterre où sa tête est mise à prix, Robert est délivré par Arabelle, une Anglaise à qui il a autrefois sauvé la vie, et par ses amis matelots venus à sa recherche. Poursuivi en mer par les Anglais, il déjoue une fois de plus leur stratégie et revient vainqueur en France pour y épouser Yvonne.
La partition, jugée l’une des meilleures de Planquette, offre des airs variés aux rythmes entraînants, mêlant polkas, grande valse (le bal du 2e acte), marche joyeuse, couplets comiques ou tendres, qui furent défendus par MM Morlet (dédicataire de la partition), Gobin et Guyon fils (dans les rôles comiques), Montrouge et Mmes Darcourt et Darcelle. Créé le 6 octobre 1887, cet opéra-comique en un prologue et trois actes connut un grand succès qui fut confirmé par de nombreuses reprises.

Les années suivantes furent marquées par trois opérettes militaires déjà citées puis par la création du Talisman, opéra-comique en trois actes de d’Ennery et Burani.
L’histoire débute en Bretagne, vers la fin du règne de Louis XV. Le châtelain du village, le jeune et beau Georges de Lagarde, orphelin ruiné et en disgrâce, se croit la talismanvictime d’une malédiction, ce qui lui ôte toute énergie. Sa cousine, Renée de Chavanne, belle et riche héritière qu’il ne connaît pas, utilise sa crédulité superstitieuse pour lui faire croire qu’elle est une fée veillant sur sa destinée et lui remet un guise de talisman, une bague finement ciselée. Retrouvant son courage, Georges s‘engage dans les Dragons d’Artois et fait preuve d’une grande valeur au combat, ce qui lui vaut des succès qu’il attribue au talisman. La suite de l’histoire se poursuit à Versailles où le régiment est en repos. Renée révèle la vérité à son cousin, ce qui le déconcerte et le ravit à la fois car il est tombé amoureux de « la fée », mais pour avoir le droit de l’épouser, il lui faut d’abord devenir colonel, titre que seule la faveur du roi peut accorder. L’intrigue principale se double de l’histoire de Nicolas (frère de lait de Georges, qu’il a suivi à l’armée) et de son amoureuse, Michelette ; celle-ci est remarquée par le roi dont l’empressement galant provoque un geste de colère de Nicolas qui est alors condamné au peloton d’exécution. Lorsque Georges demande sa grâce au roi, celui-ci reconnaît, au doigt de l’officier, une bague qu’il avait autrefois offerte à un amour de jeunesse, Marguerite d’Espagne, la grand’mère de Renée. Attendrissements ; Nicolas est pardonné et Georges, promu colonel, peut épouser Renée ; le talisman a donc été efficace !

Montée avec éclat et agrémentée de ballets ravissants, la pièce fut créée avec un grand succès le 20 juin 1893 à la Gaîté, avec dans les rôles principaux, E. Perrin, Lacressonnière, P. Fugère, la jeune Méaly et A. Cassive qui interprétèrent avec talent la partition charmante de Planquette. On y trouve bien sûr des valses agréables, « Colonel, mon cher », des polkas piquantes, « Le Roi se nomme Bien-aimé », une marche entraînante, « En avant, les Dragons d’Artois », des couplets touchants, « Bien sûr, Michelette si l’on m’fusille », mais aussi, pour la couleur locale, une charmante gavotte et un menuet plein de grâce.

Désormais attaché à la Gaîté, Planquette y donna, deux ans et demi plus tard, le 22 novembre 1895, un nouvel opéra-comique à grand spectacle, Panurge, composé sur un livret de Meilhac et de Saint-Albin inspiré de l’œuvre de Rabelais. Le sujet n’était pas neuf mais le spectacle, des plus attrayants, attira pendant deux cents représentations un public venu applaudir Soulacroix, Fugère, Noël, Aubecq et Sully au service d’une partition copieuse et de qualité dont on peut citer la berceuse « Dors bien tranquillement », « la Chanson à boire » et « la Chanson de la bergère et des moutons ».
La Gaîté monta ensuite Mam’zelle Quat’sous, autre triomphe déjà cité et qui fut la dernière création du vivant de Planquette, Le Capitaine Thérèse, donné quatre ans plus tard, n’étant qu’une adaptation de sa pièce anglaise.

Si tous ces ouvrages n’ont pas réussi de la même manière et bien qu’un seul survive réellement, il est certain que Planquette a sa place dans une anthologie même sommaire de la musique légère française. Assez éclectique au niveau du style, il a créé un type d’opérette agréable et plein d’aisance, mêlant mélodies faciles, pleines de spontanéité, et morceaux plus vigoureux, marqués par l’omniprésence des rythmes de danse, essentiellement ceux de la valse et de la polka. Dans ses ouvrages les plus accomplis, comme Rip, Surcouf ou Panurge, il a même su faire preuve de raffinement en composant des motifs empreints de tendresse et de délicatesse dont une orchestration élégante (parfois attribuée à d’autres) renforce le charme ; par contre, dans ses opérettes militaires, il offre une musique certes brillante, avec ses marches et ses défilés, mais plus conventionnelle, plus stéréotypée, correspondant au goût du grand public de l’époque.

Le 28 janvier 1903, Robert Planquette, alors âgé de 55 ans, s’éteignait dans son petit hôtel du boulevard Pereire, victime d’un refroidissement contracté en sortant d’une répétition des Cloches de Corneville. Il fut inhumé au cimetière du Père Lachaise (93e division) où l’on peut voir, sur sa tombe, une stèle de marbre rose ornée de son effigie en bronze surmontée d’une guirlande de clochettes.

Cependant la page Planquette n’était pas encore tout à fait tournée. Le compositeur laissait un dernier ouvrage, Le Sommeil de Bengaline (livret de Blondeau et Montréal) dont la partition, achevée, n’avait pu être corrigée et orchestrée. Ce travail fut confié à Louis Ganne qui s’en acquitta respectueusement. Doté d’un nouveau titre, Le Paradis de Mahomet, l’œuvre fut créée le 15 mai 1906 au théâtre des Variétés (La Gaîté ayant alors renoncé à l’opérette).
L’action, qui évolue dans un Orient des Mille et une nuits, avec houris et grand vizir, se déroule à Tébizonde où la jolie Bengaline célèbre ses noces. Le prince Bredindin qui la remarque et la trouve à son goût, endort et transporte toute l’assistance dans un prétendu paradis de Mahomet mais ne peut arriver pour autant à ses fins.
Sans rien ajouter de nouveau à la réputation de Planquette, la copieuse partition comprenait de jolis morceaux comme les valses de Bengaline, qui furent bissées ou la chanson du Grand Muphti. Montée avec faste et dotée d’une distribution prestigieuse regroupant H. Defreyn dans le rôle ingrat du prince, Melle Méaly irrésistible Bengaline, Max Dearly délirant Radaboum et bien d’autres comme Mme Gilberte en duègne bavarde, l’opérette fut applaudie pendant 70 représentations, suivies de diverses reprises dont une plus importante en 1922, puis elle sombra dans l’oubli, comme Surcouf, Le Talisman, et les autres, ne laissant pratiquement qu’aux seules Cloches de Corneville l’honneur de carillonner le nom de Robert Planquette.

 d’après un article de Bernard CRETEL (Opérette n° 125)

OEUVRES LYRIQUES :


Légende : opé = opérette, bm = bouffonnerie musicale, sc = scène, sc lyr = scène lyriquee, oc = opéra-comique, , vo = version originale, vf = version française
Le chiffre indique le nombre d’actes – « oc 3/5″ veut dire « opéra-comique en 3 actes et 5 tableaux

Création Titre Auteurs Nature Lieu de la création
1872
12 oct
Méfie-toi de Pharaon Villemer (Gaston), Delormel (Lucien) bm 1 Paris, Eldorado
1874
12 mars
Paille d’avoine Lemonnier (Alphonse), Jaime-Rozale opé 1 Paris, Délassements-Comiques (Nouveautés)
1874
10 déc
Serment de madame Grégoire (Le) Péricaud (Louis), Delormel (Lucien) opé Paris, Eldorado
1874
[ou 1879]
Péage (Le) ? sc
[opé 1]
Paris, Délassements-Comiques (Bd du Temple) [ou Eldorado]
1875
24 avr
Zénith (le) Perreau (Ado.) sc lyr Paris, Eldorado
1875
1° août
Clé du sérail (La) [1] Mathieu (Eugène), Fuchs (J.) bm Paris, Alcazar
1875
1° août
Valet de coeur (Le) Péricaud (Louis), Villemer (Gaston), Delormel (Lucien) opé Paris, Eldorado
1876 Confession de Rosette (La) ? ? Paris, Th. de société
1876 On demande une femme de chambre Véron (Pierre) opé 1 Paris, Th. de société
1877
19 avr
Cloches de Corneville (Les) Clairville (Louis François) , Gabet (Charles ) oc 3 Paris, Folies-Dramatiques (r. de Bondy)
1879
10 janv
Babel revue [2] Burani (Paul), Philippe (Edouard) rev 4 Paris, Athénée (Comique)
1879
3 mars
Chevalier Gaston (Le) Véron (Pierre) opé 1 Monte-Carlo
1880
7 janv
Voltigeurs de la 32° (Les) Gondinet (Edmond), Duval (Georges) oc 3 Paris, Renaissance
vo: Londres 1887
1880
26 oct
Cantinière (La) Burani (Paul), Ribeyre (Félix) opé 3 Paris, Nouveautés
1880 Fiancé de Margot (Le) Bisson (Alexandre) opé 1 Paris (en privé)
1881
15 fév
Chevau-légers (Les) Péricaud (Louis), Delormel (Lucien) oc 1 Paris, Eldorado
1882
14 oct
Rip van Winkle, or A romance of Sleepy Hollow [=Rip] Meilhac (Henri), Gille (Philippe), Farnie (Henry Brougham) oc 3 Angleterre, Londres, Comedy
vf: Paris 1884
1884
7 fév
Nell Gwynne Farnie (Henry Brougham) oc 3 Angleterre, Londres, Avenue
vf: Paris 1886
[La Princesse Colombine]
1884
11 nov
Rip-Rip Meilhac (Henri), Gille (Philippe) oc 3 Paris, Folies-Dramatiques (r. de Bondy)
vo: Londres 1882
1885
28 nov
Crémaillère (La) Brasseur (Albert), Burani (Paul) opé Paris, Nouveautés
1886
7 déc
Princesse Colombine (La) Ordonneau (Maurice), André (Emile) oc 3 Paris, Nouveautés
vo: Londres 1884
1887
6 oct
Surcouf Chivot (Henri), Duru (Alfred) oc 3 Paris, Folies-Dramatiques (r. de Bondy)
Londres 1889
1887
26 oct
Old guard (The) Farnie (Henry Brougham) opé Angleterre, Londres
vf: Paris 1880
1890
5 juil
Capitaine Thérèse (Le) Bisson (Alexandre), Burnand (Francis Cowley) opé 3 Angleterre, Londres
Paris 1901
1892
12 fév
Cocarde Tricolore (La) Ordonneau (Maurice), Cogniard frères oc 3 Paris, Folies-Dramatiques (r. de Bondy)
1893
20 janv
Talisman (Le) Ennery (Adolphe d’), Burani (Paul) oc 3/5 Paris, Gaîté (r. D.Papin)
1894
11 nov
Rip Meilhac (Henri), Gille (Philippe) oc 3/7 Paris, Gaîté
vo: Londres 1882
1895
17 sept
Vingt-huit jours de Champignolette (Les) ou Les étoiles de Paris Burani (Paul) ? Paris, République (Th. de la) (Alhambra)
1895
22 nov
Panurge Meilhac (Henri), Saint-Albin (Albert de) oc 3 Paris, Gaîté (r. D.Papin)
1896
9 avr
Leçon de danse (La) Mariquita sc 1 Paris, Gaîté (r. D.Papin)
1897
5 nov
Mam’zelle Quat’sous Mars (Antony), Desvallières (Maurice) opé 4 Paris, Gaîté (r. D.Papin)
1901
1° avr
Capitaine Thérèse (Le) Bisson (Alexandre) opé Paris, Gaîté (r. D.Papin)
vo: Londres 1890
1906
15 mai
Paradis de Mahomet (Le) [3] Blondeau (Henri ), Monréal (Hector) opé 1 Paris, Variétés

[1] avec Barbier (Frédéric)
[2] Varney (Louis) ou Planquette (Robert) (?)
[3] posthume, orchestrée par Louis Ganne

Dossier © Académie Nationale de l’Opérette