Guétary Georges

Guétary

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GEORGES GUÉTARY

1915-1997
TÉNOR

I. BIOGRAPHIE
Prologue
Les jeunes années
Notoriété
Evolution
La dernière période
Une grande star

II. GUETARY ET L’OPERETTE

III. GUETARY ET LE CINEMA

BIOGRAPHIE

Prologue

Si 2014 a été l’année du centenaire de la naissance de Luis Mariano, 2015 est celle où Lambros Worlou, le futur Georges Guétary, voyait le jour à Alexandrie.

Bien que d’un an son cadet, Georges Guétary a débuté quelques années plus tôt que Mariano (1937). Si sa première création en opérette, La course à l’amour n’a pas eu leRobin des bois même retentissement que La belle de Cadix, trois ans plus tard, par contre il était omniprésent sur les ondes ou lors de galas avec des chansons comme « Robin des Bois » (1943), « Chic à Chiquito » et « A Honolulu (1945) »… ainsi qu’au cinéma.

Ne se contentant pas d’être une star en France, il se fit, autour de l’année cinquante, un nom en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis en créant plusieurs opérettes et en participant au film Un Américain à Paris (1951) où il était le partenaire de Gene Kelly et Leslie Caron.

Chapitre I : les jeunes années

Georges Guétary (Lambros Worlou) est né à Alexandrie, le 8 février 1915 d’une famille d’origine grecque. Son père travaillait comme surveillant dans une plantation de coton et gagnait tout juste de quoi faire vivre ses dix enfants. Le jeune Lambros commença des études commerciales dans une école grecque de sa ville natale.

Le destin se manifesta en sa faveur en la personne de son oncle, Tasso Janopoulo, pianiste virtuose, accompagnateur des plus célèbres concertistes. Une grande affection liait l’oncle et le neveu et Tasso décida la famille Worlou à lui confier le jeune homme qui put ainsi poursuivre ses études à Paris.

Guetary-176-31A Paris, Lambros fait la connaissance de nombreux artistes amis de son oncle. Lors d’une réunion amicale, au cours de laquelle il chante une mélodie grecque, il est remarqué par Ninon Vallin qui lui conseille d’abandonner les études commerciales pour le chant. Pendant des années la cantatrice lui fera travailler la voix. Il prendra des cours de solfège et de piano à l’Ecole Cortot-Thibaud et de comédie chez René Simon.

Il fait ses débuts de chanteur dans l’orchestre Jo Bouillon. Bientôt, remarqué par Henri Varna, il devient   « boy » dans la revue de Mistinguett au Casino de Paris (1937).

Au début de la guerre, Lambros séjourne quelque temps au pays basque dans la petite ville de Guéthary dont il se rappellera le nom un peu plus tard lorsqu’il lui faudra choisir un pseudonyme. Il se rend ensuite à Toulouse où il fait la connaissance de l’accordéoniste Fredo Gardoni qui l’engage comme chanteur…

Nous retrouvons le jeune ténor à Paris où il fait ses vérirables débuts dans l’opérette : reprise de Toi c’est moi puis création de La Course à l’amour de Guy Lafarge (1942, Nouveautés).

Georges rencontre Francis Lopez qui compose pour lui « Robin des Bois » et bientôt la musique des  films : Le Cavalier Noir (1944) et Trente et Quarante (1945).

Chapitre II : notoriété

La guerre terminée, la popularité de Georges Guétary dépasse les frontières françaises. A Londres, il crée Bless the Bride (Vive la mariée !) qui obtient un grand succès ; à Broadway, il interprète Arms and the Girl avant que Gene Kelly fasse appel à lui pour le film Un Américain à Paris, où il a également comme partenaire Leslie Caron.

Il est toujours à Hollywood lorsqu’il est contacté par Maurice Lehmann pour être la vedette de Pour Don Carlos au Châtelet (1950), un grand succès (420 représentations).

Autour des années 50, la notoriété de Guétary est comparable à celle de Mariano. Les magazines « people »   s’intéressent également à lui, ne dédaignant par instant d’opposer – il faut bien vendre – les deux ténors, par exemple en relatant une dispute – vraie ou fausse – pour les beaux yeux de la belle Carmen Sévilla.

De cette époque, la mémoire collective n’a guère retenu que la réussite du Chanteur de Mexico au Châtelet et du film Violettes Impériales qui permirent à Mariano de supplanter un temps ses supposés rivaux, Georges Guétary et Marcel Merkès, voire André Dassary.

Il n’empêche qu’à cette même époque, à l’ABC, salle certes moins prestigieuse que leroutefleurie-02 Châtelet, Georges Guétary, auprès de Bourvil et de la débutante Annie Cordy, triomphait dans La Route fleurie (1952), un vaudeville-opérette, qui devait tenir l’affiche quatre années consécutives.

D’ailleurs, dans ses créations suivantes, Guétary – habileté de sa part ou des directeurs de théâtre – était toujours associé à une vedette comique en renom : Bourvil une nouvelle fois pour Pacifico (Porte Saint-Martin, 1958) puis Jean Richard au Châtelet pour La Polka des lampions (1961) et Monsieur Carnaval (1965). Et, tandis que Mariano avait quelques soucis avec Chevalier du ciel (1955) ou Le Secret de Marco-Polo (1959),  il put ainsi traverser cette période sans dommage.

Chapitre III : évolution

Avec La Polka des lampions et Monsieur Carnaval, Maurice Lehmann, directeur du Châtelet, tentait de faire évoluer en douceur l’opérette pour aboutir à un nouveau style : la comédie musicale « à la française ». Son départ du Châtelet (1966) ne permit pas la concrétisation de ses espoirs, puisque son successeur, Maurice Lamy, revint à une programmation traditionnelle.

Georges Guétary, qui avait participé à ces deux aventures, comprit qu’il lui fallait faire évoluer son personnage et qu’il était temps pour lui, la cinquantaine venue, d’abandonner les rôles de « jeune premier ».

Malheureusement le public n’était pas encore prêt à accepter cette évolution pourtant nécessaire. Ainsi, Monsieur Pompadour (Mogador, 1971), qui bénéficiait pourtant d’un livret original de Françoise Dorin et d’une distribution de tout premier plan, réunissant outre Guétary, Jean Richard, Micheline Dax et Eliane Varon, ne se joue que dix mois et décourage quelque peu les partisans d’un renouvellement du genre.

Georges Guétary persiste dans la volonté de se renouveler. Dans Les Aventures de Tom Jones de Jacques Debronckart (1974), il joue les « pères ». Malheureusement cette pièce désoriente le public et doit être rapidement retirée de l’affiche…

Chapitre IV : la dernière période

L’échec de Tom Jones et plus généralement la crise de l’opérette qui s’accentuait ne lui permit pas de tenter de nouvelles expériences qui auraient donné un nouveau souffle à sa carrière.

Dix ans plus tard, Hourra Papa ! de Jo Moutet (1984), n’emballe pas les foules…

La province est plus accueillante et Georges Guétary continue ses tours de chant, interprète avec succès ses créations parisiennes, La Route Fleurie et Monsieur Carnaval.

Au cours de la décennie 80, le ténor rejoint Francis Lopez et participe à quatre de ses créations : Aventure à Monte-Carlo (1981), L’Amour à Tahiti (1983), Carnaval aux Caraïbes (1985) et Le Roi du Pacifique (1986), quatre ouvrages de la dernière période du compositeur, qui ne présentent guère d’intérêt.

A Bobino, en janvier 1996, Georges Guétary entreprend à 80 ans passés un nouveau tour de chant d’une heure et demi, accompagné par le groupe « Paradisio », six jeunes musiciens, deux choristes et un ballet. Prélude d’une nouvelle tournée… Il envisageait, paraît-il, de reprendre la route en fin d’année 1997…
Mais il devait disparaître brusquement, le 13 septembre 1997, victime d’une crise cardiaque…

Chapitre V : une grande « star »

Georges Guétary n’a pas quitté la scène pendant soixante années. Il affirmait que c’était son contact permanent avec le public qui maintenait le dynamisme et la jeunesse d’esprit dont il fit preuve toute sa vie.

Soixante année, c’est long… Aussi, ne faut-il pas s’étonner que, surtout à partir de 1970, sa notoriété se soit peu à peu effritée.

Mais il faut se souvenir aujourd’hui (on se demande parfois si Dame Postérité n’est pas atteinte de la maladie d’Alzheimer) de la période au cours de laquelle, comme Mariano, il était une grande star dans le domaine de l’opérette, mais aussi de la chanson et du film musical.

chiquito 2C’est ainsi qu’il a été l’interprète de nombreux « tubes »Caballero distillés à la radio et au cours d’innombrables tours de chant. Outre « Robin des Bois » et « Caballero » (1943), « A Honolulu » et « Chic à Chiquito » (1945), rappelons-nous, entre autres, de « Cheveux au vent » et « Boléro » (1948), « Une boucle blonde » (1951), ‘Bambino » (1956), « Dans le bieu du ciel bleu (1958) ou « Dis papa » en duo avec sa fille Hélène…

Plusieurs fois millionnaire du disque, Guétary a effectué de nombreuses tournées en France et à l’étranger.

La télévision a souvent fait appel au ténor qui a participé à de multiples émissions à succès : « Carrousel », « Rendez-vous avec… », « Télé Dimanche », « Le palmarès des chansons », « Elle court, elle court, l’opérette… ». Pour la télévision également, il a enregistré deux opérettes : Monsieur Pompadour, et Quatre Jours à Paris.

De 1944 à 1957, Georges Guétary a tourné onze films, le plus connu restant évidemment le triomphal Un Américain à Paris.

Contrairement à certains de ses homologues, en particulier Luis Mariano, Georges Guétary était un adroit comédien qui avait su profiter des leçons de ses prestigieux partenaires (Kelly, Bourvil, Richard…)

Naturalisé français au début des années cinquante, Georges Guétary était l’époux de la productrice de télévision Janine Guyon qui lui donna deux enfants. Il est l’auteur d’un livre autobiographique, « Les hasards fabuleux », publié aux éditions de « La Table Ronde » en 1981.

Georges Guétary et l’opérette

SI l’on excepte ses débuts, (notamment la reprise de Toi c’est moi en 1942), Guétary n’a interprété sur scène que ses propres créations. Pour le petit écran, cependant, il a enregistré sous forme de film télévisé, Quatre jours à Paris, avec Eliane Varon et Michel Dunand comme partenaires (1978).

quatrejours

La course à l’amour (1942)

Cette opérette, musique de Guy Lafarge, textes de François Llenas et Lucien Parin est la première création de Georges Guétary. Elle a été donnée au théâtre des Nouveautés à partir du 16 septembre 1942 avec, auprès du ténor, Marguerite Pierry, Vona Yola, Francie Kernel, Palau, Sergius…
On manque d’informations sur cette pièce, qui aurait fait une carrière honorable (autour de 125 représentations ?), bien que représentée au cours d’une période troublée. L’interprétation de Georges Guétary a été saluée par la critique.

Bless the Bride (1947)

Bless the Bride-Londres(Vive la mariée !) Musique de Vivian Ellis, paroles de A.P. Herbert.
Création : Adelphi Theatre de Londres le 26 avril 1947 avec Georges Guétary et Lilian Webb (886 représentations).
A la veille de la guerre de 1870, Lucy (Lilian Webb) est sur le point d’épouser Thomas, mariage de convenance. Mais au dernier moment, elle s’enfuit en France avec Pierre (Guétary) dont elle est tombée amoureuse. Ce dernier part pour la guerre… Thomas, toujours amoureux, fait croire à Lucy qu’il est mort au combat. Il n’en est rien et les deux amoureux seront réunis après moult péripéties.

Arms and the Girl (1950)

Musique de Morton Gould ; paroles de Herbert Fields, Dorothy Fields, Rouben Mamoulian.
Création : Broadway, le 2 février 1950 au 46th Street Theatre avec Georges Guétary, Pearl Bailey et Nanette Fabray. 134 représentations.
Dans son livre « Les hasards fabuleux », Georges Guétary précise que les représentations à Broadway ont été précédées d’une tournée dans de grandes villes. Il ajoute que l’ouvrage a été un grand succès à Broadway, ce que semble démentir le nombre de représentations.
Au cours de la guerre d’indépendance, un français (Georges Guétary) se retrouve prisonnier de l’armée de George Washington.

don CarlosPour Don Carlos (1950)

La notoriété récemment acquise de Francis Lopez ne pouvait laisser indifférent Maurice Lehmann, le directeur du Châtelet. Tout au long des années 50, il en fera son compositeur favori. Pour son premier ouvrage, Pour Don Carlos, il fait appel à Georges Guétary. Maria Lopez (transfuge de l’Opéra), Colette Hérent, Fernand Sardou, Pierjac, étant ses principaux partenaires.
Le livret, inspiré d’un roman de Pierre Benoît, avait été écrit par Raymond Vincy et André Mouëzy-Eon.
Création : 16 décembre 1950

L’ouvrage met en scène la lutte qui oppose le Roi d’Espagne Alphonse XII à Don Carlos et ses partisans. Don Carlos (Guétary) est aidé par la jeune Allegria (Maria Lopez) avec laquelle les rapports sont d’abord assez tendus.
Les péripéties se succèdent ; Don Carlos se cache sous le nom de Duc d’Agadir, il est démasqué ; un projet d’enlèvement du Roi échoue ; Allegria et Don Carlos, qui se sont déclaré leur amour, sont faits prisonniers et doivent être exécutés ; ils arrivent à s’échapper et s’embarquent pour l’exil avec quelques fidèles.

L’ouvrage est un grand succès (420 représentations) : « Georges Guétary et Maria Lopez (…) forment un couple idéal. Ils accaparent la première page des journaux » (Maurice Lehmann) (1)

La Route fleurie (1952)

Création : Célestins de Lyon, le 9 décembre 1952 et Paris (ABC) le 19 décembre de la même année.
Cet ouvrage de Francis Lopez et Raymond Vincy, toujours au répertoire de nos théâtres, a bénéficié de la présence « d’un trio de choc » : Georges Guétary, Bourvil (dont la carrière s’essoufflait et qui rebondit grâce à cet ouvrage) et la jeune Annie Cordy à qui il apporta la célébrité.
L’ouvrage se joua près de quatre ans. Georges Guétary s’absentait parfois, ne serait-ce que pour tourner des films, Annie Cordy résilia son contrat au bout de deux ans. Seul Bourvil fut omniprésent tout au long de la série. A des titres différents, la critique fut excellente pour les trois interprètes principaux.

Rte fleurie-3Jean-Pierre (Guétary), compositeur de musique et Raphaël (Bourvil), poète raté et peintre méconnu, vivent aux crochets de la tante du musicien.
Cette dernière lui coupe les vivres, mais dans un dernier geste de générosité met sa villa d‘Antibes à sa disposition pendant le mois de juillet. Pour financer le voyage, Jean-Pierre loue la villa à Bonnardel (Jean-Louis Allibert), un producteur avec lequel il est en relation. Ce dernier la destine à sa maîtresse, la capiteuse Rita (Annie Dumas).
Le majordome de la tante a la même idée : il loue la villa au professeur Poupoutzoff (O’Brady).
Accompagnés de Mimi (Claude Arvelle), jeune mannequin dont ils viennent de faire la connaissance et de Lorette (Annie Cordy), le modèle favori de Raphaël, les deux amis prennent la route du soleil.
Bien entendu l’arrivée de Rita et du professeur ne se fera pas attendre, puis celle de Bonnardel qui outre sa relation avec la vamp, courtisait Mimi…
Tous les ingrédients sont en place pour que les rebondissements se succèdent à vive allure.
Bien entendu, tout se terminera comme il se doit : Mimi tombera dans les bras de Jean-Pierre, Lorette dans ceux de Raphaël, tandis que Bonnardel séduit par cette folle aventure en fera un film.

 Portofino (1958)

C’est à Broadway, à l’Adelphi Theatre, le 21 février 1958, qu’est donnée, après Philadelphie où déjà la critique avait été sévère, la première représentation de Portofino, une comédie musicale avec, en tête de distribution, Georges Guétary, Helen Gallagher et Robert Strauss.
Ce fut un fiasco complet : l’ouvrage a été retiré de l’affiche après 3 représentations.

Pacifico (1958)

Pacifico-176-34Le succès le La Route Fleurie incite les producteurs à reformer le tandem Guétary-Bourvil. Le résultat : Pacifico, une opérette de Jo Moutet, livret de Paul Nivoix, lyrics de Camille François et Robert Chabrier. Création, théâtre de la Porte Saint-Martin le 11 novembre 1958.
Marquis ruiné, devenu vedette de music-hall, Lorenzo (Guétary) décide de se suicider par chagrin d’amour. Sous un pont au bord de la Seine, il est prêt à sauter à l’eau, lorsqu’il est retenu par Casimir (Bourvil), un sympathique chiffonnier. Les deux hommes deviennent inséparables.
Au Marché aux Puces, ils font la connaissance d’un milliardaire américain et de sa fille Marilyn (Corinne Marchand) avec lesquels ils partent pour Pacifico, une île située dans les tropiques. Ils sont rejoints par Capucine (Pierrette Bruno), qui n’a pas apprécié le départ de son fiancé Casimir.
La fin de l’histoire est prévisible : Lorenzo et Marilyn d’un côté, Casimir et Capucine de l’autre fileront bientôt le parfait amour.
Auprès des deux têtes d’affiche on citera Pierrette Bruno (qui se fit connaître du grand public) et Corinne Marchand.
Les représentations se prolongèrent deux ans.

La Polka des Lampions (1961)

Dans son souci de faire évoluer le genre, Maurice Lehmann fait appel à de nouveauxpolka01 auteurs, Gérard Calvi (musique) et Marcel Achard (livret) pour La Polka des Lampions, une comédie musicale qui s’inspire (un peu) du célèbre film Certains l’aiment chaud.
Georges Guétary aura comme partenaires principaux Jean Richard, Annie Duparc et Nicole Broissin.
Le première a lieu le 15 décembre 1961 et le succès est au rendez-vous : 534 représentations.
En 1925, Charles (Guétary) et Blaise (Bourvil), musiciens fauchés, se travestissent pour obtenir un engagement dans un orchestre composé uniquement de femmes. La tournée doit durer un an et débute à la Nouvelle-Orléans.
Charles s’est inventé un parent américain, ce qui lui permet de reprendre les habits masculins et faire la cour à Marie (Annie Duparc), la chef d’orchestre, pour laquelle il a craqué. Blaise, de son côté s’inventera un frère… Pour compliquer le tout, un détective est présent afin de démasquer un détenteur de drogue qu’il suppose être Marie. Tout est en place pour que quiproquos et rebondissements se succèdent.
Qu’on se rassure, les fausses donzelles seront démasquées certes, mais elles (ils) trouveront le bonheur, Charles avec Marie, et Blaise avec Nicole, la pianiste (Nicole Broissin).

Monsieur Carnaval (1965)

Après un échec retentissant (Eugène le Mystérieux), Maurice Lehmann décide de frapper un (dernier) grand coup avant d’abandonner la direction du Châtelet.
Il fait appel à Charles Aznavour (musique) et Frédéric Dard (livret). Ce dernier est au sommet de sa gloire avec sa série de « polars » (à ne pas mettre entre toutes les mains), ayant pour héros le commissaire San Antonio et son adjoint Bérurier. Les lyrics sont confiés à Jacques Plante.
Maurice Lehmann engage le tandem gagnant de La Polka : Georges Guétary et Jean Richard, accompagnés de la jeune Eliane Varon qui fera de grands débuts remarqués, de Paul Mercey et Luc Barney.
La création a lieu le 17 décembre 1965 et se joue jusqu’en février 1967. Comme pour La Polka, la critique est excellente.

Carnaval-Guetar-Varon-RichardManuel Maury (Guétary) est un gentleman-cambrioleur (surnommé Monsieur Carnaval) qui a pour complice son ami Gustave (Richard). Il est bien connu du commissaire Reboudin (Paul Mercey), mais ce dernier n’a jamais réussi à le prendre la main dans le sac.
Au cours d’une réception, Manuel vole une rivière de diamant à lady Cynthia Gloster (Jenny Astruc). Pour Reboudin, il est le suspect n°1. Le collier est retrouvé, mais il s’agit d’un faux. Valérie (Eliane Varon) soupçonne Ted, une ancienne fréquentation de sa sœur Cynthia. Ce dernier étant à Londres, Manuel, Gustave et Valérie s’embarquent pour la perfide Albion. Et c’est le début d’une aventure qui conduira nos héros, suivis de près par Reboudin, à Londres, en Ecosse puis à Rio de Janeiro, car les perles du collier ont été cédées séparément à plusieurs personnes.
Enfin, le collier sera reconstitué, rendu à Cynthia et Manuel, pour l’amour de Valérie, prouvera qu’il est devenu honnête.

Monsieur Pompadour (1971)

Après la mort d’Henri Varna (1969) le théâtre Mogador tangue quelque peu. En 1971,Pompadour ses destinées sont confiées à Hélène Martini qui veut à son tour faire évoluer le répertoire du théâtre. Voulant d’entrée frapper fort, elle fait appel à Claude Bolling pour la musique, Françoise Dorin pour le livret et Jacques Charon pour la mise en scène. La distribution, qui réunit Georges Guétary, Jean Richard, Micheline Dax et Eliane Varon n’est pas en reste.

Le héros est un brave professeur d’histoire (Richard) surnommé par ses élèves Monsieur Pompadour. Pour quelle raison ? Parce que son épouse Antoinette (Micheline Dax), frivole, coquette et ambitieuse, est la maîtresse du comte Leroy-Desfins (Guétary). Comme la Pompadour et Louis XV…
Et Françoise Dorin de préciser dans le programme :
« Il n’en faut pas plus au professeur, qui est un grand rêveur, pour entrer dans la peau de son personnage et imaginer ce qu’il aurait fait à sa place.
Il n’en faut pas plus non plus à sa femme, à son rival, à ses amis, à ses ennemis pour le suivre tour à tour dans ses rêves et dans la réalité.
Il n’en faut pas plus pour se promener du XVIIIe siècle au XXe siècle en chantant et en dansant ».

L’ouvrage se joue du 8 décembre 1971 au 29 août 1972. Sa carrière fut donc honnête, sans plus. Elle déçut quelque peu ses protagonistes qui espéraient un triomphe. L’ouvrage fut télévisé, Jean Richard, qui venait d’avoir un grave accident, étant remplacé par Pierre Doris (1973).

Les aventures de Tom Jones (1974)

Création au théâtre de Paris, le 25 septembre 1974.
A l’approche de la soixantaine, Georges Guétary est enchanté d’abandonner les rôles de jeune premier pour celui de Western, un quinquagénaire bedonnant, à la chevelure rare, paillard, ivrogne et trousseur de filles. Son partenaire, André Jobin (Tom Jones), « copain comme cochon » avec Western est amoureux de sa fille, la douce Sophie (Janet Clair).

La presse, dans son ensemble, encense la pièce : la prestation de Guétary, celle de Janet Clair, « havre de candeur dans un océan de débauche », la voix d’André Jobin, la musique de Jacques Debronckart, le livret de Jean Marsan, les costumes et décors de Claude Catulle, la mise en scène de René Clermont.
Oui mais… mais le public ne suit pas du tout, désorienté par le côté « picaresque » de la pièce. Il est vrai qu’en 1974, il est mal préparé à entendre, entre autres, un duo dans lequel Western et Jones se demandent « Quel est le plus beau cul de la région ? ».
L’ouvrage est un échec complet.

Hourra papa ! (1984)

Au cours de l’été 1982, une troupe d’amateurs crée à La Bourboule une opérette nouvelle de Jo Moutet, livret de Mary-Jo Weldon et Jacques Demarny : Hourra Papa !
Le livret raconte l’histoire d’un veuf, père de 9 enfants qui, lassés du caractère impossible de leur gouvernante, décident de le remarier et cherchent chacun l’épouse idéale… Mais l’intéressé saura trouver tout seul la compagne idéale.

Georges Guétary s’enthousiasme pour cet ouvrage qui lui permettra enfin de retrouver un rôle correspondant à son âge. Il faut attendre deux ans pour que le projet prenne corps. La création aura lieu sur la scène de l’Eldorado, le 9 octobre 1984. Auprès de Guétary, Jacques Balutin et Laurence Badie. L’ouvrage se joue quelques mois et tombe dans l’oubli.

De Aventure à Monte-Carlo (1981) au Roi du Pacifique (1986)

Au cours de la décennie 80, Georges Guétary créera quatre opérettes de Francis Lopez. Compte tenu de leur peu d’intérêt, nous les évoquerons rapidement.

Aventure à Monte-Carlo est créé au théâtre de la Renaissance, le 14 mars 1981. Julie Land, Michèle Mellory, Jacques Filh et Paul Mercey sont les partenaires du ténor.
Ancien agent des services secrets, Georges est contacté pour reprendre du service et obtenir par tous les moyens la signature d’un contrat pétrolier entre la France et un émir arabe.

L’amour à Tahiti (Elysées-Montmartre, 1er octobre 1983) raconte l’histoire d’un Amour Tahiti-riche planteur dont l’existence est bouleversée par l’arrivée d’une riche milliardaire.
Avec Maria Candido et Francis Linel

Dans Carnaval aux Caraïbes (Elysées-Montmartre, 25 septembre 1985), Georges Guétary tient son propre rôle. Au cours d’une escale à Porto-Rico, il tombe amoureux d’une belle jeune femme. A côté de cette idylle se greffe la recherche du fameux trésor des Caraïbes.                                     (dr)
Avec Chris Keller, Nadine Capri, Philippe Andrey.

Le Roi du Pacifique (Elysées-Montmartre, 24 septembre 1986) nous présente Georges Guétary en capitaine de yacht. Dans une petite île de l’archipel d’Hawaï, la coutume veut qu’on élise chaque année le « Roi du Pacifique » dont le règne dure 3 jours. Georges Guétary (capitaine Richard), l’heureux élu, saura se faire aimer de la ravissante Jessica (Chris Keller), après avoir été disculpé d’une accusation de trafic d’armes.
Avec également Nadine Capri et Alain Boulmé.

Georges Guétary et le cinéma

Comme au cours de l’entre-deux-guerres, les films musicaux ou les opérettes filmées ont été légion au cours la période 1945-1958.

Si Luis Mariano (15 films) et Georges Guétary (10 films en dehors de Un Américain à Paris) ont été les plus demandés, d’autres vedettes de l’opérette et de la chanson ont été sollicités, mais à un degré moindre : Tino Rossi, Rudy Hirigoyen, Marcel Merkès, les orchestres Ray Ventura et Jacques Hélian, André Claveau, Gilbert Bécaud, Jacques Pills, Jean Bretonnière…

Les producteurs comptent sur la notoriété de leur tête d’affiche pour attirer la clientèle, mais pour le reste, on se contente d’une histoire sans grand intérêt entrecoupée de quelques chansons, montée trop souvent dans des conditions artistiques discutables.
Rien à voir avec les chefs-d’œuvre venus d’outre-atlantique. Georges Guétary – très conscient de cette situation – affirmait à l’occasion du film Plume au vent : « Comme bien d’autres auxquels j’avais participé, ce film ne répondit pas à mes espérances… » (2)
Quoi qu’il en soit, Georges Guétary tourna 11 grands films et participa ponctuellement à quelques autres.

Le Cavalier Noir (1944)

Un jeune aristocrate, au XVIIIe siècle, s’applique à récupérer le patrimoine dont il a été spolié.
Georges Guétary, Mila Parely, Jean Tissier, Nicole Maurey.

Trente et Quarante (1945)

Au XIXe siècle, en plein carnaval, Madeleine découvre l’amour avec un jeune noble italien. Leur amour, un moment contrarié par l’autorité paternelle, les unira à jamais.
Georges Guétary, Marine Carol, Jeanne Fusier-Gir

Les aventures de Casanova (1946) (en 2 parties)

 CasanovaSur le chemin de Paris, Casanova collectionne les bonnes fortunes et se bat en duel. Dans la capitale, après avoir sauvé l’honneur d’une grande dame, il conquiert le cœur de la nièce de son plus redoutable ennemi avant de s’éprendre d’une danseuse d’opéra.
Georges Guétary, Jacqueline Gautier, Aimé Clariond, Noëlle Norman, Jean Tissier.

Jo la Romance (1949)

Par amour, le chanteur Georges Hyverlin renonce à son métier pour travailler avec son beau-père dans son usine d’automobiles. Quand la passion de la chanson le reprend, il réussit à reprendre sa carrière grâce au soutien de sa femme Martine.
Georges Guétary, Ginette Leclerc, Félix Oudart

Un Américain à Paris (1951)

Un-americain-a-Paris---Affiche

Un des plus prestigieux films américains, auquel Georges Guétary eut le bonheur de participer aux côtés de Gene Kelly, Leslie Caron et Oscar Levant.
À Paris, Jerry Mulligan (Kelly), jeune peintre américain, tombe amoureux de Lise (Leslie Caron), elle-même promise à Henri (Guétary). Les deux fiancés doivent rejoindre les Etats-Unis où ils se marieront.
L’apothéose du film est le ballet final au cours duquel Jerry rêve qu’il danse dans les rues de Paris avec Lise. Le rêve terminé, Jerry est désespéré. Mais Henri, qui a compris les sentiments de sa fiancée pour Jerry, réunit au dernier moment les deux amoureux.

Une Fille sur la route (1952)

Le célèbre chanteur Carlos Cortez, fatigué d’être reconnu, part en vacances incognito. Sur la route, il rencontre une jeune et belle auto-stoppeuse avec laquelle il se dispute. Après moult péripéties, les deux jeunes gens prendront la route du bonheur…
Georges Guétary, Liliane Bert, Léonore, Aubert, Robert Pizani

Plume au vent (1953)

Le film est tiré de l’opérette de Claude Pingault et Jean Nohain, créée à Lyon le 31 décembre 1941 et à Paris en 1948.
François, Jean-Pierre et Claude qu’on surnomme Plume au vent, en raison de ses nombreuses conquêtes, sont trois amis. Jean-Pierre hérite d’une moitié de pharmacie et charge Claude d’aller à Paris en évaluer la valeur. Plume au vent en profite pour retrouver son amie Helena, qui doit se marier avec François. Par contre le pharmacien en titre souhaite lui faire épouser sa fille Anne-Marie.
Souriant et chantant, Claude assure au mieux l’avenir de ses amis et se consacre pour toujours à Helena.
Georges Guétary, Carmen Sévilla, Jean Gaven, Nicole Francis

Le Baron Tzigane (1955)

Baron tzigane-1Le film s’inspire de la célèbre opérette de Johann Strauss fils. La partition est évidemment édulcorée et le livret modifié. Georges Guétary tire son épingle du jeu dans ce long métrage qui est peut-être le plus intéressant de sa carrière cinématographique en dehors évidemment de Un Américain à Paris.
Sandor Barinkay (Guétary) jeune seigneur hongrois dont la famille s’est expatriée en Turquie, retrouve le château et les terres familiales occupés par un marchand de bestiaux. Ce dernier, pour éviter de rendre les biens spoliés souhaite qu’il épouse sa fille Arsena. Mais la belle est amoureuse de son professeur de musique.
Sandor se fait reconnaître des tziganes installés dans sa propriété, qui le proclament Baron Tzigane. Après de nombreuses péripéties, Sandor épousera Saffi (Margit Daat), une jeune tzigane.
Georges Guétary, Margit Daad, Paul Hörbiger.

Le Chemin du Paradis (1955)

Il s’agit d’un remake du film avec Lilian Harvey et Henri Garat (1930)
Trois amis d’enfance, Pierre, Bob et Fred rêvent de former un trio vocal et se sont juré de réussir ensemble. A cause d’une panne de voiture, Pierre arrive seul chez l’impresario qui est prêt à l’engager. Il refuse, serment oblige.
Les trois amis vendent la voiture et aménagent une pompe à essence abandonnée. Ils tombent tous les trois amoureux d’Evelyne qui s’arrête à leur station. Chacun espère être l’élu, mais la belle préférera Pierre. Bob et Fred sauront s’effacer.
Georges Guétary, Christine Carrère, Christian Carrère, Yves Furet, Jacques Jouanneau.

Une Nuit aux Baléares (1957)

Le film est tiré d’une opérette de Louis Gasté, Jean Guitton et Léo Koger créée au théâtre de l’Etoile Le 25 novembre 1954.
Apprenant que le duc Pablo Dominguez qu’elle doit épouser est vieux et laid, Alma Vargas (Claude Bessy) s’enfuit vers le midi. Sur la route elle rencontre deux jeunes hommes, Miguel (Guétary) et Pierrot (Thibault). Ils sympathisent et embarquent sur un bateau allant aux Baléares.
Alma et Miguel tombent amoureux l’un de l’autre. En réalité, Miguel, qui est dans l’île pour acheter des armes destinées aux révolutionnaires en révolte contre le dictateur de son pays, est le fils du duc Dominguez. Le pays est libéré, Miguel, nommé ambassadeur à Paris, épouse Alma.
Georges Guétary, Jean-Marc Thibault, Claude Bessy, Denise Grey.

Amour, tango et mandoline (1957)

A Athènes, se croyant délaissée par son fiancé Philippe, Helga rencontre le beau Mario chanteur dans une auberge. Après bien des jalousies et des malentendus, Helga s’apercevra qu’elle aime toujours Philippe et le rejoindra, laissant Mario se consacrer à sa carrière et à de nouvelles conquêtes.
Georges Guétary, Claude Farell, Eva Cruvvell, Jacqueline Pierreux.

Jean-Claude Fournier

Notes

(1) Maurice Lehmann « Trompe l’œil » (La Pensée Moderne, 1971)

(2) Georges Guétary, « les hasards fabuleux » (La Table Ronde, 1981)