Mariano Luis

 

01-Mariano

.

LUIS MARIANO

1914-1970
TÉNOR

BIOGRAPHIE
Prologue
Acte I : Les jeunes années
Acte II : A la conquête de Paris
Acte III : La gloire
Entracte
Acte IV : Le tournant
Acte V : Les dernier feux
Final

BIOGRAPHIE


 

 PROLOGUE

Evoquer Luis Mariano est à la fois facile et difficile. Facile car de nombreux écrits lui ont été consacrés. Difficile, parce que la plupart de ceux-ci ne présentent pas toutes les garanties d’objectivité tant sur sa vie professionnelle que sur sa vie privée, la vérité côtoyant parfois la légende, celle-ci ayant d’ailleurs pris naissance du vivant du ténor. Qui plus est, leurs informations sont parfois contradictoires.

Ce qui nous intéresse en priorité, c’est la démarche artistique de Luis. Mais si avons une bonne vision de sa carrière parisienne, qui nous permet de signaler, de corriger les exagérations, certaines imprécisions ou erreurs, nous sommes plus démunis pour ce qui concerne ses déplacements en province et à l’étranger (Espagne et Amérique notamment). Quant on lit ce qui est parfois écrit sur des faits vérifiables, on peut être inquiet pour ceux dont le contrôle est impossible.

Luis Mariano a créé neuf opérettes dont une en Espagne, il a été la vedette de 15 films musicaux et a donné ponctuellement son concours à quelques autres, participé à de nombreuses émissions de radio et de télévision, à de nombreux galas ou tours de chant, et créé ou mis à son répertoire plusieurs centaines de chansons qui ont été gravées sur 78T puis sur vinyle. Bref, il a connu une activité débordante et exaltante au cours de ses vingt-cinq années de carrière, sa notoriété culminant au début des années cinquante avec le Chanteur de Mexico au Châtelet et le film Violettes Impériales sur grand écran.

ACTE I : Les jeunes années

(1914-1942)

Venus d’Irun, petit village frontalier d’Espagne, Monsieur et Madame Mariano Gonzalès avaient quitté leur bonne ville pour vivre à Bordeaux où le chef de famille (si l’on peut dire, car tout porte à croire que c’est l’autorité de Madame qui prévalait dans le ménage) était ouvrier mécanicien. C’est le métier qu’il exerçait à Irun puis à Bordeaux selon certaines sources (1), d’autres prétendant que dans cette dernière ville il avait trouvé une place de chauffeur (2).

Un heureux événement était prévu pour l’été 1914. Doña Gregoria Gonzalès décida d’accoucher à Irun où sa mère était sage-femme. De plus, un bruit de « bottes, deIrun bottes, de bottes… » inquiétant, peut également expliquer ce retour au bercail. C’est dans la nuit du 12 au 13 juillet 1914 que naquit le futur ténor prénommé Mariano Eusebio. Superstitieuse, la jeune mère exigea qu’il soit déclaré le 12. Deux ans plus tard (le 3 octobre 1916) venait au monde à son tour une petite fille, prénommée Maria-Luisa. Certains biographes la font naître par erreur en 1913 (4).

Les affaires ne sont pas brillantes à Irun et dès 1916 la famille est de retour à Bordeaux où le père trouve un emploi dans une manufacture d’armes. Si l’on n’est pas riche chez les Gonzalès, du moins la famille est unie et les jours coulent heureux :
« Gregoria est bien fière de son fils… le bambin est choyé, soigné et Gregoria en prend soin comme d’une poupée… » (2).
Retour à Irun en 1921. Monsieur Gonzalès fait l’acquisition d’un garage et de deux taxis ce qui améliore l’ordinaire. Ordinaire accru également par un peu de contrebande effectuée à l’initiative de Gregoria qui « utilise » parfois son fils pour passer la frontière sans dommage. Comment voulez-vous qu’un douanier suspecte un bambin avec des objets dissimulés sous ses vêtements ?

De ses études, on ne retiendra que ses dons en dessin, les autres disciplines ne l’intéressant guère. Ainsi ses parents l’inscrivent (à 14 ans ?) à l’école des Beaux-Arts de Saint-Sébastien où l’enseignement conduit à la profession d’architecte-décorateur. Parmi les cours dispensés dans cette école, le dessin et la décoration avaient sa préférence. Il gardera cette passion toute sa vie crayonnant sur tous les papiers qui lui tombaient sous la main, dessinant les affiches de certains de ses spectacles voire des maquettes de costumes…

Le jeune Mariano était un excellent sportif pratiquant de nombreuses disciplines : course à pied, escalade en montagne, gymnastique, natation… Et puis le chant. Il l’aima et l’exerça dès sa plus tendre enfance. Il fut enfant de chœur et chanta dans les églises, il s’intégra au sein de plusieurs chorales… Il rêvait également de devenir acteur de cinéma, ayant une profonde admiration pour les stars de l’époque, Tyrone Power en tête.

Les années passent. La guerre civile, qui s’achèvera par la prise du pouvoir par Franco en 1939, sévit en Espagne au cours des années trente. Pour éviter la conscription à son fils, Madame Gonzalès, avec la complicité d’un fonctionnaire, réussit à faire falsifier son acte de naissance, le rajeunissant ainsi de six ans. D’ autres sources prétendent que c’est Mariano lui-même qui fit « trafiquer » le document (1).
En 1936, Monsieur Gonzalès se fait opérer d’un ulcère à Hendaye. Son épouse et ses deux enfants, venus lui rendre visite, assistent de loin à l’incendie d’Irun. La famille s’installera de nouveau à Bordeaux où le père deviendra chauffeur de taxi. Un peu plus tard, les Gonzalès déménageront dans le Bordelais, où ils seront domestiques dans une propriété viticole à Fronsac (3) ou gardiens du château de Langon (1). Ils reviendront ensuite à Bordeaux.

chotale

Mariano fait bientôt partie de la chorale basque « Erresoïnka », domiciliée à Sare, « un des plus beaux villages de France ». Composée de plus de 200 choristes, elle donne des concerts dans toute l’Europe : entre autres, à Paris en décembre 1937 et avril 1938, à Bruxelles en mars 1938 et à Londres en juillet de la même année. Avec cette formation, le jeune ténor participera à l’enregistrement de Blanche Neige et les sept nains de Walt Disney (5) (rôle de l’un des nains dans les ensembles) et (presque) anonymement au film Ramuntcho, son nom étant inscrit au générique comme « une figuration chantée ». Il quitte la chorale fin 1938 et s’installe à Bordeaux où il s’inscrit aux Beaux-Arts (6)

A la veille et au début de la seconde guerre mondiale, Mariano est un jeune homme élégant, habillé avec goût, sûr de lui, adoptant des attitudes de star, le sourire déjà charmeur. Il vit de petits métiers, participe sans succès à plusieurs radio-crochets, et finit par être engagé au « Cabaret du Swing» (7) dirigé par Fred Adison où, après avoir travaillé « à la plonge », il chante les refrains de quelques tangos au sein de l’orchestre Raphaël Canaro avec lequel il effectuera ses deux premiers enregistrements 78T : « Olvidame » et « Callecita de mi novia ».

Il se fait de nombreux amis. Il sera en particulier très proche d’André Varon, fils d’un riche négociant bordelais, grand amateur d’art lyrique. Celui-ci le logera chez lui, l’aidera financièrement et l’incitera avec d’autres à s’inscrire au Conservatoire. Ce qui sera chose faite fin 1939 (1938 chez Daniel Ringold) (4). Là, il étudie le chant, le solfège et la musique. Décidé désormais à faire carrière, il travaille les grands classiques (La Traviata, Werther, Les Pêcheurs de Perles, La Bohème…) Il est remarqué par Janine Micheau qui est impressionnée par les qualités du jeune homme, tout en estimant que l’enseignement qu’on lui prodigue n’est pas adapté à sa voix. Elle le recommande au ténor Miguel Fontecha qui exerce dans la capitale.

Mariano 40Pour l’heure, à Bordeaux, au début des années quarante, Mariano fait la connaissance de Jeanne Lagiscarde, gérante de la maison de disques Bernand. On la décrit comme une personne énergique, autoritaire, grande amateure de lyrique, très bien introduite dans les milieux artistiques bordelais. Née en 1904, elle avait un peu plus de 35 ans quand elle fit la connaisance de Mariano, donc dix ans de plus lui (3). Tout de suite séduite par la voix du jeune ténor, avec lequel elle se lie d’amitié, elle décide de prendre son destin en mains.
Elle l’encourage à travailler sa voix, tente de l’arracher à certains de ses amis, voire à sa famille, lui donne des conseils vestimentaires, l’aide financièrement, lui déniche quelques contrats, le « couve » comme une mère ou une grande sœur, lui sert d’imprésario, bref, elle se rend indispensable. Pour tous les biographes leurs relations demeurèrent platoniques. Ce « couple » tiendra une dizaine d’années, non sans heurts, Mariano se rebellant souvent. Mais il atteindra son but en apportant la gloire au jeune homme. Jeanne Lagiscarde n’ignore pas que pour connaître la célébrité il faut « monter » à Paris. Sans attache, elle vend tout ce qu’elle possède et convainc son poulain d’aller à la conquête de la capitale. Mariano abandonne le Conservatoire (il ne sera donc pas diplômé) ainsi que les Beaux-Arts. Et que vogue la galère !

ACTE II : A la conquête de Paris

(1942-1945)

En septembre 1942, la vie n’est pas facile. Les Allemands occupent le pays, l’alimentation est rationnée, nombreux sont ceux qui ont des proches dans les camps de concentration ou qui sont réquisitionnés pour le travail obligatoire en Allemagne, les juifs sont pourchassés… bref, il règne une atmosphère délétère. Malgré cela, sous l’impulsion (et le contrôle) des Allemands, la vie artistique a repris son cours. Dans le domaine de l’opérette, le Châtelet programme Valses de Vienne, Mogador, La Veuve Joyeuse. A la Gaîté-Lyrique, André Baugé brûle ses dernières cartouches.

C’est à ce moment que Lagiscarde et Mariano débarquent dans la capitale. A peine arrivé, ce dernier rend visite à Miguel Fontecha qui, après l’avoir entendu, est conquis par les qualités vocales du jeune ténor, tout en se rendant compte des défauts qui lui faut impérativement corriger ; il se propose de lui donner gratuitement des cours de chant, Mariano s’engageant à le payer plus tard… Ce qu’il fit d’ailleurs scrupuleusement. Après une année d’un travail intensif, Mariano possédait tous les atouts pour aborder une carrière prometteuse qu’il envisageait au départ plutôt tournée vers le grand lyrique.

Mais pour l’heure, il faut vivre. Les économies de Jeanne et les aides financières du fidèle Varon ne suffisent pas. C’est la période des « vaches maigres ». Mariano court le « cacheton », participe à des galas publicitaires ou de charité, chante dans des conditions financières peu lucratives. Un point positif cependant, il fait son apprentissage du public et de la scène. Lagiscarde se démène comme un beau diable afin de trouver des engagements pour son poulain et de le présenter à des personnalités importantes du milieu lyrique. Luis auditionne à L’Opéra-Comique mais ne reçoit jamais la réponse qu’on lui avait promise sous quinzaine. A l’Opéra, le directeur Jacques Rouché lui fait savoir qu’il ne peut engager aucun chanteur avant deux ans…

Mais petit à petit la situation va s’améliorer. Si l’on regarde de près, moins d’un an après son arrivée dans la capitale, Mariano Eusebio Gonzalès qui prendra alors le pseudonyme de Luis Mariano, commence à sortir de l’ombre. Il chante quelquesDon Pasquale dizaines de secondes dans le film L’escalier sans fin (1943), rencontre le compositeur Guy Lafarge qui le recommande à Max de Rieux (1901-1963) (9). Ce dernier l’engage pour une production de Don Pasquale de Donizetti qu’il monte sur la scène du Palais de Chaillot. Luis sera le partenaire de deux grands artistes : Vina Bovy et Gilbert Moryn. Malgré un trac épouvantable, il se sort fort bien de ce premier contact avec un public de connaisseurs, en cette soirée du 24 décembre 1943 :

« …Dans Ernesto ce furent les débuts de Luis Mariano : ce jeune ténor est beau, a de l’allure, porte bien le costume, a un timbre qui est beau, et son école est tout à fait italienne, mais on sent, le trac mis à part, que sa voix n’est pas définitivement posée et qu’il commence trop tôt sa carrière »  (Paris Midi) (8)
L’ouvrage sera donné à Bordeaux les 21 et 23 janvier 1944, à Marseille, puis au théâtre des Variétés du 6 au 20 avril de la même année et enfin une nouvelle fois au Palais de Chaillot le 10 février 1946.

La France sort d’un long cauchemar. Malgré les dégâts causés par les hostilités et les restrictions qui vont perdurer quelques années encore, nos concitoyens reprennent progressivement goût à la vie.
Pour le chanteur basque, le ciel commence lui aussi à s’éclaircir. Il rencontre Francis Lopez lequel, dans ses mémoires, prétend (ce qui n’est pas vérifié) qu’ils s’étaient déjà rencontrés et avaient sympathisé une dizaine d’années auparavant à Hendaye (10). D ’où grandes embrassades, projets de travailler ensemble… Il rencontre également le compositeur Henri Bourtayre qui deviendra son ami et surtout Saint-Granier, très influent à l’époque, qui, en lui faisant obtenir des engagements dans le domaine des ABCvariétés le fera « bifurquer » du côté de la chanson et de l’opérette. Il sera demandé à la radio (émissions de Jean-Jacques Vital par exemple), participera à divers galas, à des revues de Saint-Granier : Revue de la Victoire à l’ABC (8 juin 1945) et revue montée au théâtre de l’Alhambra du 28 septembre au 11 octobre 1945.
Il enregistre « Oublie-moi » de Pueca et « La belle au bois dormant » de Bourtayre.

Ainsi, à la veille de la création de La Belle de Cadix, Luis Mariano, s’il n’est pas encore une star, est déjà un interprète de plus en plus demandé.

Quelques semaines avant les fêtes de fin d’année 1945, Francis Lopez est contacté par Louis Le Rallier directeur du Casino Montparnasse, salle d’environ 1500 places, sise rue de la Gaîté dans le quartier Montparnasse. En manque de spectacle – on prétend qu’ Edith Piaf, programmée lui a fait faux bon – Le Rallier demande à Lopez de le dépanner. Ce dernier contacte Marc-Cab, qui appelle Raymond Vincy, auteur d’un livret non encore exploité ; on l’adapte, Maurice Vandair écrit les lyrics et Mariano est choisi comme tête d’affiche : La Belle de Cadix est née (11)

ACTE  III : La gloire

(1945-1955)

La Belle de Cadix est créée le 19, le 22 ou le 24 décembre 1945, suivant les sources. Notre documentation a retenu celle du 22.
Casino

Cet ouvrage, pourtant monté à l’économie, est un triomphe inattendu… Les représentations, prévues pour quelques semaines, se prolongèrent vraisemblablement jusqu’ aux vacances 1947 (12). Aux côtés de Mariano (Carlos), on citera France Aubert (Maria-Luisa), Simone Chobillon (Miss Hampton), Jacky Flint (Pepa), Roger Lacoste (Manillon). Jacques-Henri Rys (1909-1960) qui sera jusqu’à sa disparition l’arrangeur et le chef d’orchestre préféré de Luis, est au pupitre :
« …Luis Mariano, ténor à la voix cuivrée, au « si bémol » somptueux, reprend la tradition des chanteurs de grand style des opérettes à grand spectacle. Il a une voix magnifique, aussi jolie dans sa plénitude que dans les demi-teintes… » (13)

Luis Mariano est désormais une « star » dont la popularité grandit de jour en jour. Ses admiratrices se regroupent en un club qui comprend bientôt plusieurs milliers de membres. Il perdurera une douzaine d’années. Lorsque qu’il quitte le théâtre, l’enthousiasme des « marianistes » est parfois encombrant et il est bon de prévoir une sortie de secours.

Luis Mariano s’absentait parfois, pour la représentation de Don Pasquale du 10 février 1946, pour des galas, dont ceux « Chants de France et d’Espagne » le 19 février 1946 salle Pleyel, de « La Nuit des Trois » le 28 mars 1946 au Vel’ d’Hiv et pour tourner son premier film, Histoire de chanter (mai-juillet 1946), avec, auprès de lui, Julien Carette, Noël Roquevert et Arlette Merry. Puis, la ronde des galas reprenait. Il ne reviendra au Casino Montparnasse qu’en septembre et ne termina vraisemblablement pas la série de représentations (14).
Rudy Hirigoyen, dans son livre de souvenirs (15), indique par ailleurs que le succès était tel qu’on lui confia le rôle de Carlos pour une tournée en province qui débuta bien avant que les représentations parisiennes ne s’achèvent.

Bien entendu, la famille Gonzalès monte à Paris assister au triomphe de Luis. Elle s’installera d’ailleurs dans la capitale auprès de lui… et de Jeanne Lagiscarde ! D’où des conflits en perspective…

De juin à août 1947, Mariano tourne son second film, Cargaison Clandestine (16) produit par Alfred Rode. Egalement à la tête d’un orchestre tzigane, ce dernier se taille la part du lion, n’accordant à Luis qu’un rôle relativement effacé.
Après les vacances, commencent à la Gaîté-Lyrique les répétitions d’Andalousie, la nouvelle opérette de Francis Lopez, paroles de Raymond Vincy et Albert Willemetz. L’ouvrage, dont la partition est considérée par certains comme la plus élaborée de Francis Lopez et qui prend la suite d’un autre grand succès, de Maurice Yvain celui-là (Chanson Gitane), est affiché une année entière (et non deux ans, comme on le lit parfois) à partir du 24 octobre 1947. Marina Hotine (Dolorès), Gise Mey (Pilar), Sophia Boteny (Fanny), Maurice Baquet (Pépé), Pierre Fauré (Valiente) secondent efficacement le ténor (Juanito).
Le public et même la plupart des critiques font un triomphe de cette opérette, montée fastueusement sur la belle scène de la Gaîté-Lyrique :
« …Si je vous dis sèchement ce qu’il faut penser du talent de Luis, héros de la fiesta, je trahirai mon message. Ce que je note de primordial pourtant dans son art, c’est sa générosité. Il lance, sans compter, une voix typique, un peu voilée parfois, qui s’élève pour s’épanouir claire et chaude. » (17)

Pour Joëlle Montserrat, le théâtre ferme ses portes début mai, permettant à Luis d’effectuer une tournée dans le Midi, puis au Maroc et en Tunisie. Ensuite, il tourne son 3e film, Fandango du 14 juin au 31 juillet 1948. Dans Fandango, Luis a pour partenaires Ludmilla Tcherina, Raymond Bussière, Jean Tissier et Annette Poivre. L’air titre aura un succès considérable.
Christophe Mirambeau confirme les dates pour le film mais fixe la tournée en août, suivie de trois semaines de vacances au Pays basque, Luis reprenant son rôle à la Gaîté-Lyrique en septembre. D’après le même auteur, Andalousie est à l’Alhambra de Bruxelles dès le 10 décembre 1948. Daniel Ringold, qui n’évoque pas Bruxelles, précise que la tournée le conduit à Lyon, Marseille (16 avril 1949), Bordeaux et Toulouse (mai 1949). A Paris comme en province, l’accueil est triomphal et les « Marianistes » font une fois encore parler d’elles, ce qui oblige le ténor à prendre des voies détournées pour échapper à leur enthousiasme qui frise parfois l’hystérie.

Du 7 février au 23 mars 1949, Luis Mariano tourne Je n’aime que toi avec pour partenaires Martine Carol, Robert Dhéry, Raymond Bussières et Annette Poivre. Et bien entendu, il se produit toujours dans de nombreux galas. Du 25 juillet au 14 septembre, nouveau long métrage, Pas de week-end pour notre amour qui réunit, autour du ténor, Maria Mauban, Denise Grey, Jules Berry, Jean Carmet.

Le 16 septembre, il s’embarque pour New York où il passe, paraît-il, dans un show télévisé (19). Bientôt on le retrouve au Canada où il est déjà connu par ses films et ses disques. L’accueil est particulièrement chaleureux au cours des galas qu’il donne, en compagnie de Francis Linel et des Sœurs Etienne ; puis il revient à New York où il ira applaudir Edith Piaf qui se produit dans un petit cabaret, le jour même où la chanteuse apprend l’accident d’aviation survenu à Cerdan, son compagnon. Avant son retour en France, il donne un récital à Mexico.
Belle Cadix

Au théâtre de l’Empire Maurice Lehmann prépare une nouvelle production à grand spectacle de La Belle de Cadix avec son créateur, qui sera cette fois-ci entouré de Lina Dachary (Maria-Luisa), Edith Georges (Pépa, Daisy Daix (Coecilia), Lucien Frébert (Manillon), Henery (Dany Clair). L’ouvrage se joue environ quatre mois à partir du 17 décembre 1949. Il cède ensuite la place à Rose-Marie dont la première représentation a lieu le 12 mai 1950.

En 1949, Mariano fait la connaissance de François Lacan (Patchi) un basque comme lui qui sera son chauffeur, puis son ami et confident. Il sera accepté de toute la famille, épousera une danseuse du Châtelet dont il fait la connaissance au cours des représentations du Secret de Marco-Polo ; elle lui donnera deux enfants, dont le garçon, « Marianin » (né en 1965), deviendra le filleul de Mariano et l’un de ses héritiers.

Au cours de ces cinq premières années de gloire, Jeanne Lagiscarde fut toujours omniprésente et souvent responsable de la cadence démentielle imposée à son poulain. Mal aimée de la famille et notamment de Madame Gonzalès, elle plie bagage, après dix ans de bons et loyaux services, le jour où Mariano fut contraint de choisir entre elle et sa mère.

Andalousie est le premier film tiré d’une opérette créée par Mariano. A cette occasion, Andalousiele ténor fait la connaissance de sa future partenaire, la ravissante Carmen Sévilla alors âgée de 20 ans. Celle-ci a déjà tourné plusieurs films dont une comédie musicale : Jalisco canta en Sevilla. Elle sera partenaire de Luis dans trois longs métrages, ce qui ne pourra que conforter le succès des films en Espagne où la jeune artiste est déjà populaire.
Les prises de vue ont lieu au cours de l’été 1950, Mariano restant en Espagne jusqu’à la mi-décembre pour y terminer la version espagnole. Auprès du couple vedette, Arlette Poirier, Perette Souplex, Liliane Bert, Maurice Baquet, Noël Roquevert, Alexandre Rignault. C’est Maria-Luisa, la sœur de Luis, qui est la voix chantée de Carmen dans la version espagnole. Le film est un grand succès.

De retour en France, Luis Mariano effectue un nouveau tour de chant qui le conduit en Belgique et dans quelques villes hexagonales. Le 31 janvier 1951, il embarque pour une nouvelle tournée en Amérique. A New York il « fait », nous dit-on, quelques télévisions et passe à la radio. Il présente son tour de chant dans un cabaret de second ordre qualifié de glauque par Christophe Mirambeau. Il écourte sa prestation dès le premier soir et ne revient évidemment pas les jours suivants.
Peu après, on le retrouve devant le public canadien qui, plus réceptif, lui fait un triomphe : là, entre le 17 février et le 9 mars il donne une série de galas à Montréal, Québec, Sherbrooke, Trois-Rivières, Victoriaville et Hull (20). Avant son retour en France, il fait escale à Cuba et à la Havane, puis à Mexico.

A peine revenu à Paris, il enchaîne avec un nouveau film dont les prises de vue débutent le 15 mai pour se terminer le 22 juin : Rendez-vous à Grenade. Parmi ses partenaires : Nicole Maurey, Marthe Mercadier, Jean Tissier, Olivier Husssenot.

Quelques semaines plus tard, il est de nouveau en Espagne. Le 18 juillet, à l’occasion de la fête nationale, il chante devant Franco avec d’autres artistes dont Carmen Sévilla. Difficile de refuser, d’autant que le Caudillo a autorisé la famille Gonzalès à revenir au pays natal lorsqu’elle le souhaitait. Du 24 au 29 juillet il est à Madrid, le 2 août à Bilbao (20). Notons qu’en principe Mariano se rendra en Espagne tous les étés. Il effectue ensuite une tournée en Afrique du Nord avant son retour à Paris pour les répétitions du Chanteur de Mexico.

Au cours des années trente, le directeur du Châtelet confiait ses créations à des barytons (André Baugé, Roger Bourdin). Après la guerre, retournement de situation, puisque le public, si l’on met de côté le cas Merkès et plus tard Merkès-Merval, montre sa préférence pour les ténors. Est-ce le succès foudroyant de La Belle de Cadix et du tandem Lopez-Mariano qui en est la cause ? Il est plus vraisemblable qu’il s’agit d’une tendance qui s’affirmait déjà avec Georges Guétary et André Dassary et qui s’accentua alors.

Donc, Maurice Lehmann s’appuyant sur le goût du public, fit très souvent appel à Francis Lopez au cours de la décennie 50. Sa première commande, Pour Don Carlos avec Georges Guétary étant une réussite, il demanda à Lopez de composer une opérette pour Luis Mariano qui, on le sait, avait alors « le vent en poupe ». L’écriture du livret est confiée à Raymond Vincy, Félix Gandéra et Henri Wernert.

Maurice Lehmann évoque Mariano dans son livre de souvenirs :
« …Nous travaillerons pour un nouveau venu, Luis Mariano : c’est un jeune Espagnol, beaucoup moins adroit que Guétary, mais possédant une voix plus solide, avec laquelle il peut affronter le gigantisme de mon théâtre… » (21)
Le directeur ne lésine pas sur les moyens : Le Chanteur de Mexico reste aujourd’hui encore, le spectacle le plus somptueux qui n’ait jamais été monté au Châtelet.
La distribution réunissait outre Mariano (Vincent), Lilo (Cricri) – sa performance lui ouvrit les portes de Broadway où elle créa Can-Can de Cole Porter – , Jacqueline Chambard (Eva), Monique Bert (Tornada), Pierjac (Bilou), Jack Claret (Cartoni),  Robert Jysor (Zapata), Dario Moreno (Atchi), Albert Estève (Miguelito).

Mexico

La première représentation a lieu le 15 décembre 1951. La presse, pas toujours tendre pour les spectacles dits « populaires », fut dans son ensemble conquise par cette production :
« …les décors et les costumes établis sur des maquettes de Raymond Fost sont un enchantement : le paysage de Saint-Jean de Luz avec la Rhune au loin, Paris vu des toits de Montmartre, le Moulin de la Galette, la baie d’Acapulco, le temple aztèque, et enfin le marché aux fleurs de Mexico. (René Dumesnil, Le Monde).
« … La musique de Francis Lopez est chaude, colorée, brillante même, quand il s’agit de danses mexicaines, mais aussi avec des chansons légères et douces… (André Warnod, Le Figaro).

Et puis, il y avait Luis Mariano « avec son sourire large et blanc » (Combat), Luis Mariano qui, comme toujours « chante à ravir, pousse la note jusqu’à faire pâmer les spectatrices » (Le Figaro).
« Les personnages semblent sortis d’un dessin de Poulbot, en particulier Cricri, la marchande de fleurs du « Moulin de la Galette », délurée, aux réparties vives, incarnée par Lilo avec beaucoup de vivacité et d’esprit » (Le Figaro)
 (8).
Un des talents, et non des moindres, de Francis Lopez par rapport à ses concurrents, surtout au cours de la période que nous explorons actuellement, est de composer des opérettes contenant un nombre important de tubes. On en compte une dizaine dans Le Chanteur de Mexico dont sept destinés à l’interprète principal.

L’ouvrage s’est joué pratiquement deux ans au Châtelet, totalisant 905 représentations. Deux ans, c’est beaucoup pour Luis Mariano, très demandé de toutes parts. Aussi, il se fait parfois remplacer. Par sa doublure, Albert Estève lors de courtes absences et par Rudy Hirigoyen au cours de périodes dont il est difficile de préciser les dates, ses biographes n’étant pas d’accord entre eux. Rudy lui-même, interrogé par mes soins dans les années 80, ne se rappelait plus bien  » Mariano s’absenta peut-être en avril, sûrement au cours de l’été 1952 pendant les prises de vue de Violettes Impériales. » Pendant la plus grande partie de l’année 1953, Rudy prit la suite du créateur. Il est généralement admis que ce dernier assura plus de représentations au Châtelet que Luis sans que le succès du Chanteur n’en pâtisse.

Ultérieurement, nous ferons l’historique du film Violettes Impériales. Rappelons simplement que l’opérette, créée en 1948 par Marcel Merkès et Lina Walls, musique de Vincent Scotto, a été le plus grand succès d’après guerre du théâtre Mogador (prés de 1500 représentations sur cette scène, si l’on compte les deux reprises).
Pour la version filmée, on fit appel à Luis Mariano et Carmen Sévilla entourés deViolettes Simone Valère, Marie Sabouret, Colette Régis, Louis Arbessier, Raymond Girard. Bien entendu, la musique avait été demandée à Francis Lopez. Les prises de vues se déroulèrent en Espagne au cours de l’été 1952.
Le résultat dépassa les prévisions. Plus de 8 millions d’entrées ! Pour les marianistes, il s’agit d’un  » film culte « . L’air principal,  » L’amour est un bouquet de Violettes « , connut un succès considérable à tel point que, plus tard, le spectateur non averti s’étonnait qu’il soit absent de la version théâtrale !

En 1952 / 1953, Luis Mariano apporte son concours à deux films qui réunissaient de grandes vedettes de la chanson dont la prestation était reliée par un fil conducteur : Paris chante toujours et La Route du Bonheur. Au cours de ces années, Mariano participe toujours à de nombreux galas ou tours de chant ; en particulier en 1953 avec Annie Cordy dont il a fait connaissance et avec laquelle le courant est tout de suite passé. Annie dont la célébrité est toute neuve (La Route Fleurie) assure la première partie du spectacle, Luis la seconde.

Les prises de vue de La Belle de Cadix, version cinématographique, débutent le 21 mai 1953. Pour la troisième et dernière fois, Carmen Sévilla (Maria-Luisa) est la partenaire de Mariano (Carlos). Parmi les autres interprètes, on citera Thérèse Dorny, Claire Maurier, Jean Tissier, Pierjac, Claude Nicot. Même s’il est inférieur à celui de Violettes Impériales, le succès est une fois encore au rendez-vous.

Dans la foulée, le 8 septembre 1953, Luis Mariano tourne un film franco-espagnol, L’Aventurier de Séville. Sa partenaire Lolita Sévilla (ne pas confondre avec Carmen) est une jeune comédienne et chanteuse de 19 ans qui connut une notoriété certaine en Espagne. La distribution comprenait également Danielle Godet, Emma Penella, Pierre Cour (le célèbre « Régisseur Albert » de la radio dans les émissions de Robert Beauvais), Jean Galland, Juan Galvo, Jose Maria Rodero et Jose Isbert.
Avant le tournage, la presse people, mal informée, prétendit qu’il s’agissait d’une version filmée du chef-d’œuvre de Rossini. Il n’en était rien en dehors du nom de quelques personnages qui avaient été gardés.

Le 10 janvier 1954 (24), Luis Mariano s’embarque une nouvelle fois pour l’Amérique. Si l’on en croit Daniel Ringold (4) le ténor aurait eu un succès impressionnant à New York :
« …D’ immenses panneaux annoncent ses concerts. Avant lui, seuls des artistes étrangers comme Maurice Chevalier, Edith Piaf ou Jean Sablon avaient bénéficié de tels privilèges. Résultat : les salles où chante Mariano en français et en espagnol sont archicombles et l’on refuse du monde… »
Où l’auteur est-il allé puiser ces renseignements ? Notre collaborateur Didier C. Deutsch, très introduit dans le milieu du « show-biz » new-yorkais, interrogé par nos soins, affirme sans ambiguïté que Luis Mariano n’a jamais été connu du grand public américain. Il ne conteste pas sa venue aux USA, mais si concerts il y a eu, ils ont été donnés lors de soirées organisées par les gens du spectacle ou peut-être devant des ressortissants français. Ses films n’ont jamais été diffusés aux Etats-Unis et la télévision, encore balbutiante, n’était pas en mesure de lui être d’un grand secours.

Par contre, au Canada, il était très populaire et son succès ne peut être mis en doute. Concernant le Mexique ou l’Amérique du Sud, nous n’avons pas d’autres informations que celles données par ses biographes. Daniel Ringold, une fois de plus, ne fait pas dans la dentelle : 160 000 spectateurs au stade Atzeca de Mexico City, 100 000 spectateurs en Uruguay au stade de Montevideo.

Retour en France et bientôt la Yougoslavie au printemps pour les prises de vues d’un nouveau film, Le Tzarevitch, d’après Franz Lehár. Etait-ce vraiment une bonne idée ? A voir, car la partition du compositeur a été dénaturée, le texte remanié et Mariano pas particulièrement à l’aise dans le répertoire viennois. L’entreprise n’est pas une réussite (1). Citons dans la distribution : Sonia Ziemann, Maria Sebalt, Ivan Petrovitch, Hans Richter. Pendant le tournage, Mariano fait une brève apparition à Paris pour chanter « Plaisir d’amour » dans le film Napoléon de Sacha Guitry.
Si Versailles

Du 20 juin au 30 juillet 1955, Luis Mariano tourne Quatre jours à Paris, d’après l’opérette, ou plutôt le vaudeville-opérette de Francis Lopez, créé avec succès à Bobino par Andrex en 1948, agréable ouvrage qui s’est maintenu au répertoire de nos théâtres. Son tube, « La Samba brésilienne » fit danser toute la France.
Le film était interprété par des artistes confirmés : la délicieuse Geneviève Kervine, Jane Sourza, le comique Roger Nicolas, Fernand et Jackie Sardou, Darry Cowl et Andrex. Le film a été bien accueilli par le public à sa sortie en salle.

On ne peut citer tous les galas où chanta Luis dans les années 1954-55. Notons que du 9 mai au 2 juin 1954, il s’est produit à plusieurs reprises en Belgique, du 23 au 26 septembre de la même année à Vichy et le 30 octobre à Mont-de-Marsan. En 1955, il sera le 5 mars à Anvers, le 23 avril à Bruxelles, le 10 juin à Vichy, le 3 août à Bayonne, le 6 août à Deauville, du 13 au 15 août à Ostende et le 29 août à Trouville.

L’automne 1955, marque la rentrée parisienne de Luis Mariano, qui crée le 5 octobre 1955 à la Gaîté-Lyrique, l’opérette Chevalier du ciel, musique d’Henri Bourtayre et Jacques-Henri Rys, livret de Paul Colline.

ENTRACTE

Au cours des dix années qui viennent de s’écouler, Luis Mariano a été sur tous les fronts : 4 opérettes, 12 films, de multiples galas et de nombreuses chansons enregistrées (plusieurs centaines) domaine que nous n’avons guère évoqué jusque-là bien que certaines furent d’énormes succès.

Comme d’autres, Luis Mariano interprétait des chansons écrites spécialement pour lui ou enregistrait les tubes de l’époque, notamment ceux extraits de films célèbres. Cette tendance va s’accentuer au cours de la décennie soixante, période au cours de laquelle les auteurs et compositeurs écriront moins pour lui, les ventes de ses disques de chansons diminuant progressivement (32).

Citons quelques-uns de ses succès, en dehors de ceux tirés de ses opérettes ou de ses films, sur l’ensemble de sa carrière : « Qui sait, qui sait, qui sait » (1949), « Maria Cristina veut toujours commander » (1951), « Allo, c’est un cœur qui vous parle » (1951), ), « Le charme de Dolorès » (1952), « De Montréal à Québec » (1953), « Vaya con Dios » (1954), « Et flûte et zut » (1954), « C’est magnifique » et « I love Paris (de l’opérette Can-Can) (1954), Gelsomina (du film La Strada) (1955), « Chiens perdus sans collier » (du film du même nom) (1955), « L’auberge de Santa-Fe » (1956), « Granada » (1956), « Maman la plus belle du monde » (1957), « Argentina Sérénade » (1958), « Salade de fruits » (1959), « Les cloches de Lisbonne » (1960),« Le voyageur sans étoile » (1961), « Combien de nuits » (du film West Side Story), « Arcangues » (1968)…
Il enregistra également plusieurs Noëls, des chansons en espagnol, un 33T de « Chansons Napolitaines » (1962) » et un autre de « Chansons espagnoles » (1963)…

Comme emporté par un tourbillon, Mariano était sans cesse en mouvement : onrevue pouvait le rencontrer à Paris, en province, en Belgique, en Amérique, en Afrique du Nord… Chantait-il une opérette à Paris ? Il s’absentait parfois pour tourner un film, participer à un gala (25). Il enregistrait des disques, se produisait à la radio dans les émissions de variétés puis à la télévision lorsqu’ elle prit son essor (on estime à 500 000 le nombre de postes de télévision fin 1955).

Qui était Mariano ?

Il est décrit comme quelqu’ un de séduisant et sympathique, au sourire éblouissant. Lorsqu’ il entrait en scène, il était « le soleil » qui illuminait la salle… Quelqu’ un d’intelligent,  qui n’avait pas « la grosse tête », aimant plaisanter ; il ne s’en privait pas et avait la répartie facile.
Il avait une grande affection pour ses parents et sa sœur (même s’il se disputait parfois avec elle). En particulier, il était très proche de sa mère, la signora Gonzalès. Patchi et plus tard sa femme et ses enfants furent adoptés par la « famille » Mariano. On le disait fidèle en amitié.

Très pieux, il assistait fréquemment aux offices religieux ; il donnait volontiers son concours à des galas de charité et s’intéressa à des associations caritatives en particulier au centre de Saint-Fargeau spécialisé dans le traitement et la rééducation des enfants atteint de poliomyélite.

Un homme parfait ou presque donc ? Pas tout à fait, si l’on en croit Marina Hotine (2) :
« Il n’était pas gentil comme ça au début. Il était un peu arrogant, capricieux… gentil, c’est venu un peu plus tard, après Andalousie… »
De même il pouvait parfois être « soupe au lait ». A ce sujet Maurice Lehmann (21) raconte une anecdote relative au Chanteur de Mexico :
« … La pièce était passée en générale le 15 décembre et avait connue un départ foudroyant. Le soir du réveillon (26), la salle était comble (…). Luis Mariano était arrivé de bonne heure au théâtre et ne se sentant pas très bien en forme avait prié Benoit-Léon Deutsch de faire réclamer pour lui l’indulgence du public. Celui-ci refusa, prévoyant très justement le désappointement du public qui était venu pour passer joyeusement cette soirée très attendue. Luis Mariano s’était rendu à l’évidence. Il avait « fait sa voix » avant d’entrer en scène et tout semblait devoir se passer pour le mieux (…). Vers le milieu du premier acte, la secrétaire de la vedette vint faire un tour en coulisse et eu la maladresse de lui dire qu’on l’entendait assez mal de la salle et qu’il ne semblait pas très en forme. Le bouillant Espagnol ne fit ni une ni deux ; il remonta dans sa loge, se déshabilla et, sans prévenir personne, rentra immédiatement se coucher… »

Luis intéressa les magazines « people » au plus haut point. Certes, il n’était pas la seule personnalité qui alimentait la presse à sensation – Guétary lui aussi était très sollicité -, mais pendant de longues années Mariano a battu tous les records. « Nous deux», « Intimité»,« Le film pour tous », « Cinémonde » et autres étaient à sa dévotion.
Les « révélations » contenues dans cette presse provenaient vraisemblablement soit de Mariano et son entourage, soit de journalistes en rupture de copies. Indiscrétions et démentis se succédaient parfois.
Cinémonde réservait dans chacun de ses numéros une page au courrier du chanteur :
« Que découvre-t-on dans ce courrier « Luis Mariano vous répond » : des enfantillages, des renseignements, des problèmes personnels ou scolaires, des demandes et des offres de marraines ou de correspondants… » (22)

Tout ce qui se rapportait au ténor, ou du moins ce que l’on voulait en dire, était relaté dans ces magazines : son affection pour ses parents et son chagrin lors de leur disparition, son affection pour sa sœur, sa prétendue rivalité avec Georges Guétary qui lui disputait le cœur de la belle Carmen Sévilla, des anecdotes sur les répétitions de ses opérettes, le déroulement du tournage de ses films, sur ses tournées, ses projets… Mariano lui-même, lors de ses déplacements à l’étranger écrivait parfois ses impressions de voyage à des admiratrices qui se pâmaient à la lecture de « Cinémonde ».

Et bien entendu sa vie amoureuse faisait fréquemment la « Une ». On le fiança à de nombreuses reprises : Carmen Torrès, Carmen Sévilla, Dany Dauberson, Geneviève Kervine sont parmi les « élues ». Daniel Ringold (4), une fois encore « enfonce le clou » en lui prêtant une liaison sérieuse de sept mois avec Martine Carol, Christophe Mirambeau (2) la jugeant peu probable. Dans la réalité, il est vraisemblable qu’il ait existé entre Mariano et ses « fiancées » une amitié (peut-être parfois amoureuse, notamment avec Carmen Sévilla), mais leurs rapports restèrent a priori platoniques. Certains auteurs, certains médias ont récemment affirmé que ses préférences étaient autres. Il n’est pas de notre propos de confirmer ou d’infirmer cette information.

Au cours de leurs premiers mois dans la capitale, Luis et Lagiscarde logeaient dans de petits appartements en général sans grand confort. En 1945, il vivait dans un minuscule 5 pièces, entouré de sa famille et de Lagiscarde. Il s’installa ensuite au Vésinet, dans une grande villa. Pour son aménagement, Luis repris sa table à dessin… En 1958, Mariano achète une ferme et ses dépendances dans le petit village d’Arcangues. Il dessine les plans de la maison de ses rêves guidé par l’architecte Jean Lambert (22). En 1961, il peut s’installer dans sa nouvelle propriété.

La popularité d’une personnalité se mesurait également à l’intérêt qu’il suscitait chez les chansonniers alors en vogue ; ces derniers (« ancêtres » des Thierry Le Luron, Laurent Gerra et autres Nicolas Canteloup) se produisaient dans une émission radiophonique hebdomadaire et sur la scène de trois théâtres parisiens. Pour Jean Raymond et Jean Valton en particulier, Luis Mariano était une cible de choix.

 ACTE  IV : Le tournant

(1955-1964)

ChevalierA la Gaîté-Lyrique, Chevalier du Ciel succède à Pampanilla, une agréable opérette de Jacques-Henri Rys, interprétée avec succès par Jean Bretonnière, Maurice Baquet et Germaine Roger. Auprès de Mariano (Jean-Louis), Claudine Céréda (Marilyn), Francis Blanche (Panette), Lucie Dolène (Anne-Marie), Jean-Paul Thomas (Dulure). L’ouvrage fut bien médiatisé (une version roman signée Mariano, vraisemblablement écrite par Jean-Louis Chardans, a même été publiée). L’intrigue est assez tarabiscotée, la partition moins fournie en tubes que les opérettes de Lopez. Les avis sont partagés sur la réussite de l’ouvrage qui a tenu l’affiche un peu plus d’une année d’après notre documentation, dans la mesure où l’ouvrage suivant, Minnie-Moustache ne débute que le 13 décembre 1956. D’autres prétendent que les représentations se sont arrêtées aux vacances 1956.

Pour Christophe Mirambeau (2-), « Hélas, Chevalier du Ciel ne remporte pas le succès escompté». Pour Daniel Ringold (4), « la pièce remporta un vif succès toute une saison ». Pour Joëlle Montserrat (1), enfin, « Et même si le public vient de confiance, l’ambiance sur le plateau n’est pas celle des grands triomphes (…) .…le personnage principal n’est pas un rôle pour Luis Mariano… Et voici l’essentielle erreur… ».
Un constat s’impose : Chevalier du Ciel, n’a pas connu la réussite des opérettes précédentes de Mariano, mais il n’y a quand même pas lieu de parler d’échec. Notons que l’ouvrage n’a pas fait l’objet d’une tournée.

Les prises de vue du film suivant, Le Chanteur de Mexico eurent lieu en 1956. Mariano était entouré de deux « poids lourds », Annie Cordy et Bourvil, qui succédaient à Lilo et Pierjac, les créateurs sur scène. On est loin des splendeurs du Châtelet et le résultat d’ensemble est assez décevant, surtout pour ceux qui ont le privilège d’avoir vu à Paris la version théâtrale. En particulier, Bourvil et Annie Cordy n’ont pas ici le « punch » auquel ils nous avaient habitués. Malgré tout, on peut penser que le film a été un succès, mais sans comparaison avec celui de Violettes Impériales.

Le 20 août de la même année, nouvelles prises de vues. Luis Mariano tourne A la Jamaïque, un ouvrage de Francis Lopez qu’il n’a jamais interprété sur scène. La version théâtrale, créée en janvier 1954 au théâtre de la Porte Saint-Martin après les Célestins de Lyon, obtint un grand succès, tenant l’affiche deux ans et demi. La distribution d’origine réunissait Jane Sourza, Jacques Morel, Maria Candido, Jacques de Mersan, Rogers, Pasquali et Gisèle Robert. Pour le film, Mariano, qui s’appropria à la fois les chansons du ténor et ceux de la soprano, était entouré de la belle Paquita Rico, de Jane Sourza, Fernand Sardou (qui remplaçait Jacques Morel), Duvallès (au lieu de Pasquali), Gisèle Robert et Darry Cowl (à la place de Rogers).

Le livret d’origine avait été complètement remanié et simplifié à l’extrême ; aussi l’amusant vaudeville de Raymond Vincy était devenue une pièce sans grand intérêt, les interventions de Fernand Sardou et de certains de ses partenaires frisant parfois le ridicule. Le couple charmant formé par Luis Mariano et Paquita Rico sauva le film de la médiocrité.

Au cours de l’été, comme souvent à cette époque, Luis Mariano assura une série de galas dans les casinos des principales stations balnéaires françaises et espagnoles. En août il chanta, si l’on en croit Daniel Ringold, en Afrique du Nord (4). Parmi les galas auxquels participa Luis Mariano en 1956, on citera, en l’absence d’informations plus complètes, Ostende et Gand ainsi que celui des Catherinettes (le 25 novembre). Quelques jours auparavant, il avait eu la douleur de perdre son père, dont la disparition l’affecta profondément. Mais le spectacle continue…

En 1957 a lieu la première tournée de Mariano avec le cirque Pinder. Christophe Mirambeau (2) la fait débuter en janvier 1958, ce qui nous semble erroné, puisqu’ elle fait escale à Bordeaux du 5 au 15 septembre 1957 (20). Elle durera 8 mois (2). A la fin de l’année 1957, Luis Mariano (l’idole de Paris, lit-on dans la presse ibérique) rejoint Madrid pour répéter la première et dernière opérette qu’il créera en Espagne : La Cancion del amor mio dont la première représentation a lieu le 24 janvier 1958 au teatro de la Zarzuela. La musique est de Juan Quintero et Francis Lopez, les lyrics de Antonio Quintero et Jésus Maria de Arozamena. Les artistes de la distribution sont inconnus en France. Nous nous contenterons de citer le nom de sa partenaire : Marta Santaolalla.
On n’a peu de renseignements sur cette œuvre qui fut rapidement retirée de l’affiche. Ni la prestation de Mariano, ni la qualité de la partition ne semblent être mises en cause, l’échec serait dû à un défaut de préparation de l’ouvrage et à une mise en scène catastrophique. Je me dois donc de contredire Daniel Ringold (4) ainsi que Jacques Rouhaud et Patchi (3) qui affirment que ce fut un très grand succès qui se prolongea 8 mois. Mariano enregistra quatre airs de l’ouvrage sur 45T repris en CD.

L’année 1958 ne se présente pas sous les meilleurs auspices pour Mariano. En avril (ou en été selon des sources) 1958, commencent les prises de vues de Sérénade au Texas, un nouveau long métrage dont les musiques sont dues à Francis Lopez. Il s’agit d’une sorte de western musical qui entraîne Luis et son acolyte Bourvil à la recherche d’un héritage au Texas. Le résultat, malgré un ballet final très réussi – ce qui est rare dans les films musicaux français – est assez laborieux. L’échec du film a pour conséquence la fin de la carrière cinématographique de Mariano. Le projet un instant évoqué de tourner « Marco Polo » ne se concrétisera pas.

Son passage à l’Olympia (septembre 1958), dont il assure la seconde partie du spectacle, arrive un peu tard. Il aurait enflammé les foules dix ans auparavant mais, cette année là, le résultat ne fut pas à la hauteur des espérances de Bruno Coquatrix, nous a révélé plus tard son collaborateur Jean-Michel Boris (27).
Ainsi, la cote de Mariano s’est quelque peu effritée du moins à Paris. Son style, inchangé depuis 1945, n’attirait plus les nouvelles générations qui s’enflammaient pour Bécaud ou Aznavour et bientôt pour Johnny Halliday et autres. Il enregistre et vend moins de disques de variétés, les journaux « people » s’intéressent moins à lui du moins pour l’encenser. Cinémonde – qui était pourtant à sa dévotion – cité par Joëlle Montserrat (1), publie même un article assez désobligeant pour lui, ce qui aurait été impensable à l’époque de La belle de Cadix ou d’Andalousie.

Ce qui ne veut pas dire que Mariano était « fini », loin de là. Il a toujours un public fidèle et saura montrer en plusieurs occasions qu’il ne manque pas de ressources. D’ ailleurs en 1959 (2), Mariano entame sa deuxième tournée avec le cirque Pinder, qui se présente comme un triomphe pour le ténor. Elle devait s’achever en novembre peu avant le début des répétitions du Secret de Marco-Polo. Elle fut marquée par un drame : Luis Mariano était en Belgique lorsqu’il appris le décès de sa mère dont il était, comme on le sait, très proche. Malgré les réticences du directeur du cirque, il s’absente quelques jours, André Claveau également présent dans la région, proposant de le remplacer gratuitement. Luis sera très affecté par cette disparition qui le marquera à jamais…

Marco polo

Le moment venu Mariano se rend au Châtelet pour répéter la future opérette dont il sera la vedette : Le Secret de Marco-Polo. Les répétitions sont tumultueuses. Un malentendu provoque une violente dispute entre Mariano et Lehmann qui acceptera, bon gré mal gré, de faire des excuses à son interprète. Quoi qu’il en soit, pour ce spectacle, le directeur a mis les petits plats dans les grands, espérant sans doute renouveler l’exploit du Chanteur de Mexico : 17 décors fastueux, 200 figurants peut-on lire, une mise en scène somptueuse et une distribution sans reproche : A côté du ténor (Marco Polo), la délicieuse Janine Ervil (Mitsouti), Pierjac (Pepino), Rosine Brédy (Lou-Kou-Song), Claude Daltys (Boulargou), René Novan (Pah-Si-Fou), Robert Pizani (KoubilaÔ Khan).

Pour Joëlle Montserrat (1), Mariano apparaît vocalement fatigué, le livret très biscornu, la partition manque d’unité. Paul Cordeaux dans « France-Soir » écrit :
« …Marco Polo, c’est Luis Mariano. Sa voix sonne vive, claire, aisée. Il sourit de toutes ses dents blanches. Il a des habits de rêve. Il monte bien à cheval. Il est charmant… »
Dans « Le Figaro Littéraire », pour Georges Ravon, « la voix (de Mariano) s’est assouplie. Il envoie de temps en temps, dans les hauteurs de Chine, quelques notes haut perchées. Mais ses notes sont aimables… ( …)… Sa bien aimée Mitsouti (Janine Ervil) chante avec une telle perfection qu’elle est acclamée, de l’orchestre aux galeries les plus hautes… »

Pour Daniel Ringold (4), « … le résultat est une opérette absolument superbe, qui va attirer, une fois de plus, les grandes foules au Châtelet. Christophe Mirambeau (2), semble découvrir Janine Ervil, qui pourtant s’est déjà fait remarquer en prenant la suite de Maria Candido dans A la Jamaïque et au Châtelet dans Valses de Vienne. Il n’est pas tendre avec la partition de Lopez qu’il estime « d’un intérêt médiocre ». Par contre il écrit que « Luis se montre égal à lui-même : excellent chanteur… ». Pour Jacques Rouhaud et Patchi Le Secret de Marco-Polo tint la scène deux années durant. Faux, les représentations commencées le 13 décembre 1959 sont remplacées par une reprise de L’Auberge du Cheval-Blanc le 29 octobre 1960. Curieusement le fascicule consacré au «  Centenaire du Châtelet » annonce 368 représentations pour Marco-Polo, alors que le spectacle précédent, Rose de Noël, qui s’est joué près de deux mois de plus n’en totalise que 329 ! Où est l’erreur ? Quoi qu’il en soit, Maurice Lehmann (21) n’est pas satisfait :
« J’avais été très déçu par Marco-Polo. Contraint une fois de plus, de réaliser une importante mise en scène pour masquer l’insuffisance du livret, j’avais accompli un grand effort, engagé d’énormes frais ; je comptais aussi sur Luis Mariano. Le cirque Pinder, aux représentations duquel Mariano, malgré nos avis, avait cru devoir paraître, alléché par des cachets très élevés, nous l’avait rendu, quelques jours avant la répétition générale, assez mal en point. Nous avions été obligés de tricher et de pratiquer un « play-back » au final du dernier acte… (…) …La carrière de l’ouvrage fut moins qu’honorable »
Le secret de Marco Polo part ensuite en tournée mais ne pourra faire escale que sur de grandes scènes bien équipées, compte tenu de l’importance des décors.

En 1961, La vague yéyé commence à sévir. il apparaît que Luis Mariano est à la recherche d’un nouveau souffle. Il semble que ce soit également le cas pour Annie Cordy. L’idée de les réunir dans une opérette fut excellente comme le prouvera la réussite de Visa pour l’amour. Les deux vedettes se connaissaient bien pour avoir fait moult galas ensemble et participé au film Le Chanteur de Mexico. Une véritable amitié s’était établie entre eux.

La première représentation a lieu à la Gaîté-Lyrique, théâtre alors sous tutelle, suite àVisa sa situation financière catastrophique. Les représentations parisiennes, commencées le 22 décembre 1961 s’achevèrent vraisemblablement début 1963 puisqu’ une tournée de galas communs Cordy-Mariano, dans près de 40 villes, occupe leur emploi du temps entre le 27 février et le 8 avril 1963 (20). La distribution de Visa comprenait Luis Mariano (Michel), Annie Cordy (Marina), Rellys (Mimile), Jacques Mareuil (Luigi), Jacky Piervil (Théo), Roger Bontemps (Monsieur de Simoni), Dominique Chantel (Gabrielle), Jacques Filh (Dédé).

Aimable spectacle, Visa pour l’amour est généralement bien accueilli :
« …Il faut citer (…), enfin ces deux grandes vedettes populaires qui, à elles seules, assureraient le succès d’un spectacle : Annie Cordy, joie de vivre, espièglerie, esprit jusqu’aux bouts des doigts de pied, abattage et (…) Luis Mariano, jeune premier « latin », à la voix toujours aiguë, franche et pure. Dans cet ouvrage Annie Cordy et Luis Mariano chantent beaucoup et bien. Mais ils dansent encore plus : le « twist » en particulier, auquel ils se donnent avec une frénésie partagée par le reste de la troupe et une partie des spectateurs… » (Paul Gordeaux dans « France-Soir ») (1)

La partition de Francis Lopez suit un peu plus, dans cet ouvrage, des tendances de la mode. Mais il n’attirera pas ou peu un nouveau public, notamment de jeunes. Ce sont les spectateurs habituels de nos deux vedettes qui assureront le succès de la pièce. Faisant suite à la série de galas, la tournée de Visa pour l’amour (20), fait escale dans les villes suivantes : Montréal (Canada) du 16 avril au 4 mai 1963, Mons (du 20 au 30 septembre 1963), Charleroi (du 5 au 20 octobre 1963), Lille (décembre 1963-1er janvier 1964), Nantes (janvier 1964), Nice (du 1er au 9 février 1964, à l’occasion du Carnaval), Toulon et Avignon (février 1964), Lyon (mars 1964), Toulouse (mai 1964)…

ACTE  V : Les derniers feux

(1964-1969)

D’octobre 1964 à février 1967, Luis Mariano partagera son emploi du temps entre les tournées du Chanteur de Mexico et de La Belle de Cadix, organisées par Nick Varlan et le tour de chant. Il interprètera Le Chanteur de Mexico dans une vingtaine de villes entre le 3 octobre 1964 et le 14 novembre 1965, La Belle de Cadix dans une soixantaine de villes entre le 15 octobre 1965 et le 12 février 1967. Et, bien entendu, dans certains théâtres, plusieurs représentations sont assurées (20).

A cela il y a donc lieu d’ajouter son tour de chant, une trentaine de galas répertoriés, la plupart en France, mais également en Belgique, en Espagne, en Roumanie, au Canada.

Prince MadridAu Châtelet, les dernières représentations de Monsieur Carnaval terminées (février 1967), Marcel Lamy, le nouveau directeur, monte son premier spectacle : Le Prince de Madrid, une opérette de Francis Lopez, livret de Raymond Vincy (29), lyrics de Jacques Plante. Luis Mariano en est évidemment la vedette. La distribution, une fois encore sans reproche, réunissait auprès du ténor, Maria Murano (Duchesse d’Albe), Janine Ervil (Florecita), Eliane Varon (Paquita), Simone Sylmia (Dona Inez), Suzanne Baugé (Léocadia), Luis Mariano (Goya), Maurice Baquet (Paquito), Lucien Lupi (Costillares), Jean-Louis Simon (Horatio), René Novan (Esteban), Jean Chesnel (Godoy), Jacques Villa (Alfonso).

Le spectacle, dont la premiËre a lieu le 4 mars 1967, est fastueusement monté même s’il n’atteint les niveaux de la décennie cinquante. Le livret, qui raconte de façon romancée un épisode de la vie et des amours du peintre Goya est habilement conçu et la musique de Francis Lopez bien adaptée bien au texte. A chaque représentation Mariano dessine le portrait de la duchesse d’Albe. Le spectacle se joue 554 fois, pendant au moins 15 mois (le théâtre faisant quelque temps relâche à cause des événements de mai 1968). Les représentations s’achèvent le 15 septembre, L’auberge du Cheval-Blanc lui succédant à partir du 29 septembre 1968.

Luis Mariano remporta un grand succès, mais ses amis commençaient à s’inquiéter au sujet de sa voix et de son état de santé. Rudy Hirigoyen qui alla voir le spectacle courant 1968 témoigne (15) :
 » Revenant de Belgique pour aller chanter à Toulouse, je m’arrêtais à Paris pour aller l’écouter, car j’ai toujours fait partie de ses admirateurs. On parlait déjà d’une maladie qui le fatiguait beaucoup. Hélas ! C’était vrai et cela se sentait dans sa voix. Les sons aigus n’avaient plus ce vibrato étincelant qu’il possédait habituellement. Il a tout de même eu le courage et la volonté de terminer la série au Châtelet. Chapeau ! « 

Malgré une santé qui se dégrade lentement, Luis Mariano est toujours très actif. Du 9 novembre au 2 décembre 1968, il chante Le Prince de Madrid au Sébastopol de Lille. Une tournée du Chanteur de Mexico, entrecoupée de galas, terminera l’année 1968 (Gand, Tournai, Béthune, Bruges, Courtrai, Anzin, Liège, Rouen).

Le premier semestre 1969 est consacré essentiellement au Prince de Madrid : Charleroi, Auxerre, Reims, Angoulême, Bayonne, Pau, Nice (période du Carnaval), Toulon, Clermont-Ferrand, Angers, Montpellier, Carcassonne, Sète, Saint-Etienne, Bourg-en-Bresse.

FINAL

(1969-1970)

A partir de juin 1969 il donne une série de tours de chant au Pays basque français et en Espagne. En septembre, il traverse l’Atlantique et interprète Le Chanteur de Mexico au Canada. Retour en France, toujours pour Le Chanteur au Sébasto de Lille (11 au 26 octobre) (20). Il sera bientôt au Châtelet pour les répétitions de la nouvelle opérette qu’il doit créer : La Caravelle d’Or.


Caravelle

Dès le début des répétitions, on se rendit compte que Mariano n’était plus le même. Il était amaigri et triste. Lui, toujours prompt à rire et à faire des plaisanteries, restait à l’écart de ses camarades. Sitôt le travail terminé il rentrait chez lui se reposer (29).

Cette fois le livret nous transporte au Portugal sous le règne du roi Alfonse VI, souverain brutal et orgueilleux. Ce dernier a un frère, Don Pedro de Bragance (Mariano bien sûr) beaucoup plus sympathique. La rivalité entre les deux se termine évidemment par la victoire du second.

Comme pour Le Prince de Madrid, la présentation était luxueuse, mais plus modeste une fois encore qu’au cours de la grande période Lehmann. La distribution, de grande qualité, comme toujours au Châtelet, comprenait outre le ténor, Danielle Castaing (Marie-Françoise de Nemours), Franca Duval (Yara), Jacques Doucet (Alphonse VI), Marina Hotine (Toinette), Simone Sylmia (Donna Catarina), Maurice Baquet (Guillot L’Anguille), Jean-Louis Simon (Vasco de Gama).

La Caravelle d’Or reçut un accueil assez mitigé de la presse. Il est vrai que le plateau, bien que composé de professionnels aguerris, devait être perturbé par l’état de Luis, lequel n’avait plus l’énergie suffisante pour tenir ce rôle de « leader » qui, habituellement, conduit une pièce au succès. Rudy Hirigoyen témoigne, une fois encore (15) :
« …Je fus invité à la Première. J’étais dans une loge de balcon près de la scène, et j’avais à côté de moi mon ami Henri Genès avec lequel j’ai beaucoup joué. Nous étions un peu anxieux en attendant l’apparition de Luis. Nous n’avons pas été seulement surpris, mais catastrophés en voyant la pâleur de son visage, malgré le maquillage. Il était terriblement amaigri : son sourire était triste ; ce n’était plus sa voix… Nous nous sommes regardés avec Henri et nous avions tous les deux les yeux humides. Quel merveilleux courage, Luis ! Nous n’avons pas pu rester jusqu’ au final… »

Au fur et à mesure que le temps passait, Luis Mariano se sentait de plus en plus fatigué… On lui installa une loge spéciale proche du plateau pour lui permettre de se reposer entre deux scènes. Avant le début de la représentation une infirmière lui faisait une piqûre. Puis, peu à peu, il dut se faire remplacer en semaine, nous dit-on, réservant ce qui lui restait de force pour assurer les représentations du week-end, période où les recettes étaient les plus hautes. Le milieu artistique, son public (renseigné par les journaux spécialisés, toujours à l’affût de potins qui pouvaient faire vendre leur prose) ne pouvaient ignorer le drame auquel ils assistaient.

Malgré sa faiblesse, Mariano fit quelques apparitions à la télévision (participant par exemple brièvement début 1970 à l’émission d’Henri Spade (30), «La Joie de Vivre de Colette Besson », championne olympique du 400 mètres et grande admiratrice du ténor ; il donna des interviewes, faisant toujours des projets d’avenir, notamment lors de la réception à l’Elysée, le 21 avril 1970, où, invité par le Président Pompidou, il évoqua avec Marcel Merkès et Paulette Merval un projet d’opérette commun qui s’appellerait « Les Trois M » (31). Pensait-il qu’il traversait une mauvaise passe et que tout s’arrangerait bientôt ou voulait-il donner le change ? Nous n’avons pas la réponse…
Quoi qu’il en soit, quelques semaines plus tard (le 10 mai 1970), terrassé par la maladie, il doit abandonner définitivement le rôle de Don Pedro à sa doublure, Juan Pereniguez.

Le 24 mai, il rejoint Arcangues, entouré de ses proches. Début juillet il est admis dans une clinique près de Biarritz. Il doit bientôt être transféré à l’hôpital de la Salpêtrière, où il rend son dernier soupir le 14 juillet peu avant minuit. Il repose désormais au cimetière d’Arcangues.

Luis Mariano entre alors dans la légende…

Jean-Claude Fournier

Notes

(1) « Luis Mariano » par Joëlle Monserrat (Editions PAC, 1984)
(2) « Saint-Luis » par Christophe Mirambeau (Flammarion, 2004)
(3) « Luis Mariano, une vie » par Jacques Rouhaud et Patchi (Editions Sud-Ouest, 2006)
(4) « Luis Mariano, le Prince de Lumière » par Daniel Ringold TF1, éditions Coyotte Conseil, 1995). C’est pour moi le volume qui comporte le plus d’erreurs ou de contrevérités.
(5) Contrairement aux informations contenues dans le livre de Christophe Mirambeau, ce ne serait pas Elyane Célys et Adrien Lamy qui ont doublé Blanche Neige et le Prince (version 1938) mais Béatrice Hagen et Marcel Ventura.
(6) Les dates diffèrent. Ce serait 1938-39 pour Daniel Ringold et 1941 pour Joëlle Montserrat et Jean-Louis Chardan (afin d’échapper au travail obligatoire en Allemagne). D’une manière plus générale, les dates que nous indiquons sont à parfois à prendre sous réserve, ses biographes n’étant pas toujours d’accord entre eux.
(7) Mariano, dans ses « Mémoires » le nomme de son ancien nom, « Le Caveau ». Il est repris sous ce nom par plusieurs de ses biographes.
(8) Cité par Joëlle Monserrat
(9) Acteur, scénariste, réalisateur de films, créateur des Chorégies d’Orange, responsable de la collection d’opérettes de d’opéras-comiques de la firme Decca, metteur en scène lyrique…
(10) « Flamenco » par Francis Lopez (Presses de la Cité, 1987). Rien ne permet d’affirmer que cette rencontre a bien eu lieu, loin de là. Par contre, Basques tous les deux, ils pouvaient bien entendu avoir des souvenirs communs à évoquer.
(11) Nous reviendrons ultérieurement plus en détail sur la création de La belle de Cadix dans un chapitre consacré aux opérettes créées par Luis Mariano. Cette remarque est valable pour les autres ouvrages dont le ténor sera la tête d’affiche.
(12) L’opérette suivante, Quel beau voyage ! de Pascal Bastia, débute en septembre 1947. Donc les affirmations de Jean-Louis Chardans (22) qui affirme que l’opérette se joua quatre ans conforte ma méfiance relative à la fiabilité de certains propos, malheureusement parfois repris par d’autres.
(13) Critique de « Télé Soir » citée par Joëlle Monserrat
(14) En lisant Christophe Mirambeau, on croit comprendre que pendant ses absences ponctuelles, Luis était remplacé par Enrico Donati, Hirigoyen prenant le relais au cours des prises de vue du film, Enrico Donati revenant ensuite jusqu’au retour de Mariano en septembre. Hirigoyen, pour sa part, affirme qu’il a pris la suite de Mariano au Casino Montparnasse.
(15) « Ma vie d’opérette », recueil de souvenirs de Rudy Hirigoyen.
(16) Comme pour les opérettes, nous reviendrons ultérieurement plus en détail sur les films tournés par Mariano
(17) Jean Barreyre dans « Opéra » du 5 novembre 1947.
(18) « Histoire de l’opérette en France » par Florian Bruyas (Emmanuel Vitte, 1974)
(19) Une fois encore les dates des prestations new-yorkaises du ténor sont différentes suivant les auteurs.
(20) Information fournie par Janine Parzy (Les Amis de Luis Mariano)
(21) « Trompe L’œil » par Maurice Lehmann (Editions de la Pensée Moderne, 1971)
(22) « Luis Mariano » par Jean-Louis Chardans, (Editions Ramsay, 1980)
(23 Lorsque nous parlons des galas de cette époque, il s’agit de spectacles où se produisent plusieurs artistes aimés du public et des débutants qui viennent tenter leur chance. Lorsque la notoriété de l’un d’eux ou de l’une d’elle est incontestable, la seconde partie du spectacle lui est réservée.
(24) 10 janvier 1953 pour Jean-Louis Chardans, mais il s’agit vraisemblablement d’une erreur de frappe. Quant au compte-rendu de ce séjour américain, il est plus crédible que celui de Daniel Ringold. Joëlle Montserrat fait encore plus preuve de sobriété.
(25) Il était disponible déjà les jours de relâche (le lundi) et peut-être un autre soir dans la semaine. Je ne peux l’affirmer pour Mariano dans Le chanteur de Mexico, mais dans Méditerranée, Pierre Blanc tenait le rôle de Tino   Rossi le mardi et dans Valses de Vienne, Jean Pomarez celui d’Henri Gui.
(26) Le prix des places était alors doublé pour le réveillon de Noël et augmenté de 50% pour celui du 31 décembre.
(27) Déclaration de Jean-Michel Boris à l’auteur du présent article.
(28) C’est la dernière collaboration Lopez-Vincy, ce dernier devant disparaître l’année suivante, en 1968.
(29) Concernant la maladie de Mariano, qui devait s’achever si tragiquement, on a évoqué au départ une « grippe intestinale » puis une « hépatite ». Cette dernière hypothèse peut raisonnablement être retenue, certaines formes de cette maladie grave (de plus, moins facilement diagnostiquée et traitée en 1969 que de nos jours) pouvant à terme développer un cancer du foie qui, bien entendu, finit par se généraliser.
(30) « La joie de vivre » présentée par Henri Spade et Jacqueline Joubert fut, au cours de la période 1952-1960, une célèbre émission de variétés radio-télévisée. Quelques émissions rediffusées au cours des vacances 1969 ayant eu du succès, la télévision en commanda plusieurs nouvelles à Henri Spade pour le début 1970, dont celle consacrée à Colette Besson.
(31) Cette information, parue dans la presse, reprise par certains biographes, m’a été confirmée par Marcel Merkès.
(32) Cette information m’a été fournie par Gérard Trimbach qui avait en charge la réédition de disques de variétés chez Pathé Marconi. Il m’a affirmé que dans les dernières années, les 45T de Mariano ne se vendaient qu’à quelques centaines d’exemplaires. Bien évidemment, il n’est pas question ici des opérettes.

 Tous mes remerciements à Christian Jarniat, Jeanine Parzy et Gilbert Thomasset, pour leurs conseils, leur participation et la mise à disposition de documents.