Dragons de Villars (Les)

dragons

 

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Les Dragons de Villars

Aimé Maillart
1817 – 1871

I. L’ARGUMENT
II. LA PARTITION
III. FICHE TECHNIQUE
IV. DISCOGRAPHIE
V. RÉFÉRENCES

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Les Dragons de Villars :


 Les Dragons de Villars, l’opéra-comique le plus célèbre d’Aimé Maillart, (voir fiche) sur un livret en trois actes de Lockroy et Cormon, étaient destinés à l’Opéra-Comique mais le directeur, Emile Perrin, le refusa, le trouvant trop sombre. Le directeur du Théâtre Lyrique l’ayant refusée à son tour, l’œuvre fut remisée pendant quelque temps jusqu’à ce que le nouveau directeur, Carvalho, qui avait une profonde estime pour le compositeur, l’accepta avec enthousiasme et pressa Maillart d’en terminer l’ orchestration.

L’ARGUMENT

Trop sombre le sujet ? Le livret, qui situe l’action en 1704, dans un village de l’Estérel à la fin de la guerre des Cévennes, évoque en effet les massacres et les conversions forcées des protestants sous le règne de Louis XIV, les tristement célèbres dragonnades du maréchal de Villars. Cependant cet aspect sévère est essentiellement utilisé comme toile de fond à une intrigue légère, parfois poétique, amusante et même proche de l’opérette, et n’apparaît qu’au final du second acte avec la fuite des proscrits et au final du trois où le héros est près d’être fusillé.

dragons-3Acte I. Dans la cour de Maître Thibaut, riche et désagréable fermier, les servantes trient les oranges en attendant leurs maris partis vendre des olives à la ville. Georgette, la jeune épouse de Thibaut, chante ensuite une chanson provençale mais elle est interrompue par une sonnerie militaire résonnant dans la vallée. Thibaut arrive tout affolé car il a vu les dragons s’approcher du village et, pour leur éviter un probable déshonneur, il se hâte d’enfermer les servantes dans le presbytère et sa femme dans le colombier.
Il était temps car les soldats, menés par le sous officier Belamy, déboulent dans le village où ils pensent s’installer
mais le fermier lui ayant déclaré le village vide de femmes, il ne compte plus s’y attarder, d’autant plus qu’il recherche un groupe de Camisards qu’il pense être réfugiés dans les grottes situées au-delà de l’ermitage de Saint-Gratien. Thibaut se propose de l’y conduire et, pendant que Belamy va se reposer, il demande à son valet de ferme Sylvain, garçon brave et courageux, de lui amener une de ses mules, mais celles-ci ont disparu.
Les voici qui reviennent, menées par Rose Friquet, une chevrière honnête mais mal vue des villageois car trop indépendante . Rose se moque de Sylvain, mais gentiment car il est le seul à lui témoigner un peu d’amitié. En fait, c’est elle qui a dérobé les mules pour éviter qu’on ne les voit trop souvent attachées près des grottes où le jeune homme passe de longs moments. Sylvain, tremblant de voir son secret dévoilé – c’est lui qui protège les fuyards et qui doit les guider au-delà de la frontière – enjoint la chevrière au silence.
Les Camisards ne pouvant plus être avertis à temps, Rose se charge de retenir les soldats au village. Pour cela, elle laisse entendre à Belamy où trouver le bon vin et les femmes. Le sous-officier ne tarde pas à découvrir dans le colombier une Georgette qu’il trouve à son goût. Vite rassurée et sensible au charme de l’uniforme, la jeune femme céderait volontiers à la tentation du flirt, n’était la menace de l’ermite de Saint-Gratien, décédé deux siècles plus tôt mais qui, selon la légende, agite sa clochette chaque fois qu’une femme désire tromper son époux. Voulant pousser son avantage, Belamy convainc Georgette de le mener à l’ermitage lorsque la nuit sera venue. Puis le presbytère se vide promptement et une fête où l’on dansera aux sons des trompettes est décidée pour le soir même. Profitant des réjouissances, Sylvain se rendra dans la montagne pour aider les réfugiés à fuir.


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Final acte I

 Acte II. Dans le site escarpé et sauvage où se dressent les ruines de l’ermitage, Sylvain paraît, chantant pour se donner du cœur. Rose qui l’a suivi, lui répond en écho. Pudique, la jeune femme reste discrète sur le rôle qu’elle vient de jouer mais, mis en confiance, Sylvain lui confie que le pasteur qui l’a recueilli et élevé et pour lequel il a une dette d’honneur, fait partie des proscrits ; il leur faut absolument les mener en Savoie. Comme tous les passages sont gardés, Rose qui connaît un sentier perdu, lui propose de les y conduire dans une heure. Attendri, Sylvain lui ouvre son coeur et lui fait part des doux sentiments qu’elle lui inspire et qu’elle avoue partager .
Après quoi, cachée derrière les ruines, elle le regarde s’éloigner vers les grottes lorsqu’elle est surprise par Thibaut. Celui-ci cherche sa femme qui a disparu, mais il ne sait trop si c’est elle qu’il a vu s’éloigner avec un dragon ou une autre, Rose peut-être. 
A peine est-il parti que Georgette et Belamy apparaissent. Guère impressionné par la légende, le dragon s’empresse un peu trop auprès de la jeune femme mais Rose, soucieuse malgré tout de l’honneur de Thibaut, agite la clochette dans l’ombre. Affolée, Georgette s’échappe juste à temps pour éviter son époux qui la cherche toujours.
Belamy le rassure puis, resté seul, voit arriver Sylvain à la tête des 
Camisards ; il se cache pour l’écouter discuter avec le pasteur. Rose les rejoint et leur décrit le précipice par lequel elle va les mener. Emu, Sylvain lui promet de l’épouser le lendemain matin. Après une dernière prière, la troupe se met en marche tandis que Belamy qui a repéré l’itinéraire, fait remonter ses dragons pour les mettre en embuscade alors que lui même retourne s’amuser à la fête.

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 Final acte II

Acte III. Le lendemain matin, sur la place du village, les langues vont bon train : il n’est question que du mariage de Rose et de Sylvain et surtout de la clochette que chacun a entendu sonner, sans savoir pour laquelle des épouses. Sylvain s’est chargé des frais de la noce et a envoyé chez Rose la robe de mariée qui a été taillée pendant la nuit. En l’attendant, Thibaut lui laisse entendre qu’elle n’est peut-être pas étrangère à la certitude de Belamy de pincer les proscrits car elle aurait alors une belle dot avec la prime promise pour leur capture.
Sylvain est révolté par ces propos calomnieux mais le doute le pénètre, surtout lorsque le fermier fait parler le dragon – que par précaution, il avait enfermé dans sa cave
 – et se trouve atterré par les réponses avinées et plus ou moins confuses qui accusent la jeune femme ; d’ailleurs, sûr de son fait, Belamy a envoyé quérir son lieutenant.
Lorsque Georgette paraît, encore épouvantée de son aventure de la veille, le sous-officier la serre d’un peu près et lui prend quelques baisers ; la fermière, d’abord inquiète, s’étonne de ne pas entendre la sonnette, ce qui lui ouvre des horizons hélas vite refermés par le retour du mari.
Sur la place désertée, Rose arrive en toilette de mariée ; la joie brille dans ses yeux et elle ne peut s’empêcher de savourer son bonheur. Georgette, qui l’a prise en amitié, lui apporte son bouquet de mariée et la met en garde contre les commérages. Le cortège se forme mais lorsque Sylvain arrive, la mine renfrognée, il la rejette avec colère, l’accusant d’avoir trahit les proscrits pour de l’argent. Rose n’aurait aucun mal à se disculper mais, profondément blessée par la seule personne en qui elle avait confiance, elle préfère se taire.
Bonne fille, Georgette plaide sa cause auprès de Sylvain abîmé de douleur, mais un mot des fuyards, arrivés sains et saufs et que Rose n’avait pas eu le temps de lui donner, le rassure pleinement. Joie de courte durée car Belamy, apprenant que ses soldats ont échoué dans 
leur capture, décide de s’en prendre à Sylvain et de le fusiller. Les supplications de Rose n’y faisant rien, elle menace de raconter, au lieutenant qui arrive, que l’échec de la traque est imputable à Belamy qui l’a reportée pour s’adonner à la galanterie et à l’ivresse. Confondu, ce dernier décide de se taire et explique au lieutenant qu’il l’a fait venir pour… assister au mariage de Rose .

roseA la création, le 19 septembre 1856, l’œuvre connut un succès énorme et immédiat. Elle était interprétée par Juliette Borghèse (qui débutait dans le rôle de Rose Friquet), Mlle Girard (Georgette), Girardot (le fermier Thibaut), le ténor Scott (Sylvain) et Grillon (Belamy). Puis elle gagna la province. Elle eut également un grand retentissement à l’étranger, puisqu’elle fut donné en Belgique, en Allemagne et en Autriche (sous le titre de Das Glöckchen des Eremiten : La clochette de l’ermite), en Angleterre (sous le nom de Fadette), en Espagne, à New York, Milan, Mexico, Saint-Pétersbourg… et fut chantée aussi bien en français que dans des traductions allemande, suédoise, espagnole, danoise, italienne, anglaise, hongroise, croate, norvégienne, polonaise et russe !

La musique, à laquelle le public fit un triomphe, ne déplut pas trop aux critiques. L’un d’eux écrivit par la suite: « Quant à la partition d’Aimé Maillart… elle a toujours été à prendre ou à laisser, avec ses réminiscences… et son abus des cuivres. On la prend néanmoins et, somme toute, on ne se repent guère d’avoir cédé à ses séductions. Sans rappeler tant de morceaux devenus promptement célèbres tels que la romance fameuse « Ne parle pas, Rose je t’en supplie », le duo du deuxième acte « Moi, jolie ? » si délicat, si candidement ingénu, avec son rayon de poésie douce et vraie, suffirait seul pour désigner l’auteur comme un musicien de mérite. »
Citons également la piquante chanson des mules et le grand air de Rose au troisième acte « Il m’aime, espoir charmant » avec ses trois sections distinctes comme dans les grands airs de Verdi. Quant à l’ouverture, primesautière et cocardière, établissant d’emblée un climat où la gaieté la plus débridée le dispute à la tendresse, elle était devenue un morceau de bravoure des concerts populaires avec ses sonneries de trompette et son final enlevé.

Douze ans après leur création, n’ayant pas encore épuisé leur succès, Les Dragons entraient enfin à l’Opéra-Comique, le 6 juin 1868, où ils connurent encore 377 représentations, avec pour interprètes principaux, Célestine Galli-Marié et Paul Lhérie, les futurs créateurs de Carmen, et Mlle Girard qui retrouvait le rôle de Georgette. Par la suite, on y vit aussi Lucien Fugère en Belamy (reprise de 1900) ou Edmée Favart (en 1916 pour la dernière reprise.)

Parmi les rares reprises contemporaines des Dragons de Villars, citons :
– celle de 1986 à Montpellier pour fêter l’un de ses enfants, avec : Raphaelle Ivery, Nicole Buloze, Jean-Luc Viala et Marcel Vanaud, sous la direction de Jean-Claude Hartemenn
– celle de 1998 à Dijon, avec Brigitte Antonelli, Corinne Gauthier, Michel Pastor et Patrice Berger sous la direction de Didier Licchesi et dans une mise en scène de Fernand L’Huillier.
– et celle de l’ORTF en 1967, avec Janine Capderou, Lina Dachary, Albert Voli et Franz Pétri, sous la direction de Jean Doussard.


LA PARTITION

partition

Ouverture

Acte I :
Introduction : Choeur : « Heureux enfants de la Provence », Chanson provençale  » Blaise qui partait » (Georgette) et Ariette militaire « Quand le dragon a bien trotté » (Belamy) – Air « Maître Thibault, vos mules sont charmantes » (Rose) – Romance « Ne parle pas, Rose je t’en supplie » (Sylvain) –  Duo « Allons ma chère » (Belamy, Rose) – Couplets de l’Ermite « Grâce à ce vilain ermite » (Georgette) – Final « Le bouteselle nous appelle » (tous).

Acte II :
Entr’acte – Scène et pastorale « Ah ! tra la, ah ! tra la » (Sylvain) – Duo « Moi, jolie  ?  »  (Rose, Sylvain) – Trio « C’est là, c’est là, voilà » (Georgette, Belamy, Rose) – Musique de scène – Prière et final « Marchons sans bruit » (Rose, Sylvain, le pasteur, choeurs).

Acte III :
Entr’acte – Choeur : Vous savez la nouvelle – Chanson à boire « Le sage qui s’éveille » (Belamy) – Air « Il m’aime » (Rose) – Choeur et ensemble « Allons, la belle fiancée » – musique scénique – Final « Sonne, sonne toujours » (tous).


FICHE TECHNIQUE :


Les Dragons de Villars

Opéra-comique en 3 actes d’ Aimé Maillart, livret de Lockroy et Cormon.
Création mondiale : le 19 septembre 1856 au Théâtre Lyrique, à Paris
Distribution à la création française :
Mlle Juliette Borghèse (Rose Friquet), Mlle Girard (Georgette), M. Girardot (Thibaut), M. Scott (Sylvain), M.  Grillon (Belamy), M. H. Adam (un pasteur), M. Garcin (le lieutenant des Dragons), M. Quinchez (un Dragon).

DISCOGRAPHIE :


La firme Universal a ressorti un bon enregistrement de l’ouvrage de 1961 qui réunit, sous la baguette de Richard Blareau : Suzanne Lafaye (Rose), Andrée Esposito (Georgette), André Mallabrera (Sylvain), Julien Hass (Belamy) et Pierre Héral Thibault). Cette version est cependant amputée du long final du second acte et des deux premiers airs du troisième.