Pas sur la bouche

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Pas sur la bouche

Maurice Yvain
1891- 1965

I. L’ARGUMENT
II. LA PARTITION
III. FICHE TECHNIQUE
IV. DISCOGRAPHIE
V. RÉFÉRENCES

Pas sur la bouche


Après les triomphes de Ta Bouche et de Là-Haut !, Maurice Yvain connaît un succès moindre avec La Dame en décolleté (1923) et Gosse de riche (1924), opérettes dans lesquelles il explore une nouvelle manière en incluant des morceaux plus lyriques. Aussi, en 1925, avec Pas sur la bouche, il revient à sa première façon qui plait tant au public et obtient à nouveau un succès complet.
Le livret de cette opérette en trois actes est d’ André Barde (de son vrai nom André Bourdonneaux), connu jusque là pour avoir écrit plusieurs livrets d’opérettes pour Charles Cuviller (La Reine joyeuse et Son Petit frère). Le tendem Yvain / Barde s’avère très fructueux puisque dix ouvrages vont naître de leur collaboration.

Pour Pas sur la bouche, Yvain écrit une partition copieuse, le spectacle dure trois heures, dans laquelle on retrouve tous les rythmes alors à la mode :
les one-steps : « Je suis venu simplement pour te dire bonjour » et « J’ me suis laissé embouteillé »
les fox-trots : le duo « ça c’est gentil, ça c’est pas mal » et surtout « Un baiser, un baiser, pas sur la bouche » qui est le grand succès de la pièce
la scottisch : « Il suffit d’un rien »
les javas :  « Bonjour, bonsoir » et « Par le trou de la serrure » dont Pauline Carton, qui débute alors dans l’opérette, détaille avec brio les couplets grivois d’un air de na pas y toucher.
A côté de ces airs dansants ou proches du music-hall, Yvain dote sa partition d’airs plus « opéra-comique » comme le beau duo « Voyons, n’es-tu pas bien ainsi ? » ou du quintette tout à fait remarquable « Sur le quai, le quai Malaquais ».

La création, qui a lieu le 18 février 1925 au théâtre des Nouveautés, réunit une très belle distribution avec Jeanne Cheirel (la tante), Berval (Georges), Koval (Thomson), Robert Darthez (Charley), Pauline Carton (Mme Foin, la concierge) et surtout, dans le rôle de Gilberte, Régine Flory dont Yvain écrit dans ses mémoires :
« Régine Flory… personnifiait à la scène comme à la ville, la femme-chatte. Deux yeux et un corps à faire rêver tout éveillé, elle était la bête noire de toutes les épouses dont le mari, par devoir professionnel, gravitait autour d’elle. Artiste complète, elle jouait la comédie, chantait et dansait avec un égal bonheur. »

Pas sur la bouche remporte un très gros succès public mais aussi de presse, cette dernière soulignant la performance des acteurs aussi bien que le travail du compositeur, comme l’écrit l’éminent critique Emile Vuillermoz :
« Cette comédie … a été traitée musicalement par M. Yvain dans un style parfait. Renonçant à toute ambition déplacée, ce compositeur nous a donné des pages alertes, claires, bien rythmées, bien prosodiée, accentuées avec goût et orchestrées finement. »

Le succès de la pièce se prolonge en province mais aussi à l’étranger, notamment en Hongrie. Ce pays, libéré de la tutelle autrichienne depuis la fin de la guerre, se fait alors un malin plaisir à monter des opérettes françaises qui le changent des opérettes viennoises autrefois sans concurrence. C’est ainsi que Budapest affiche une superbe version de Pas sur la bouche à laquelle Maurice Yvain est invité à assister. Lorsqu’il débarque du train, il est accueilli par une harmonie militaire qui l’accompagne jusqu’à son hôtel en lui jouant tous les airs de son opérette !

Pas sur la bouche est encore repris sur les scènes nationale
Il existe aussi une version filmée par Alain Resnais en 2003
avec : Sabine Azéma (Gilberte), Pierre Arditi (Georges), Lambert Wilson (Eric), Isabelle Nanty (Arlette Poumaillac), Audrey Tautou (Juliette pour Huguette), Darry Cowl (Mme Fouin), Jalil Lespert (Cherley).
Orchestration, musiques originales et direction musicale : Bruno Fontaine (1h 51′).

L’ARGUMENT :


L’action des actes I et II se déroule à Paris, dans le salon des Valandrey.
Acte I :
Gilberte, belle mondaine, est l’épouse du riche métallurgiste Georges Valandray qui est persuadé que sa femme, quoique entourée de soupirants, lui restera fidèle car il croit être le premier homme dans sa vie sentimentale. Il ignore que Gilberte a déjà été mariée avec un américain, Eric Thomson ; mais ce mariage ayant été célébré à l’étranger, sans être validé devant un consul français, n’était pas légal, ce qui a permis à Gilberte de se marier, légalement cette fois, avec Georges, après avoir quitté Eric qui ne lui apportait pas tout le bonheur souhaitable, refusant par exemple de l’embrasser sur la bouche;
Venu en France pour raison d’affaires, Eric fait la connaissance de Georges qui l’invite chez lui. Gilberte est on ne peut plus embarrassées mais avec l’aide de sa tante, une vieille fille bien conservée et très dynamique, elle persuade Eric de garder le secret de leur vie passée.

Acte II :
Une grande soirée a été organisée chez les Valandray, soirée au cours de laquelle Charley Brunner, un ami de Gilberte, doit présenter un ballet dont il est l’auteur et l’un des interprètes : Soir du Mexique. Eric fait partie des invités, mais comme son amour pour son ex-femme s’est réveillé, il ne cesse de surveiller Gilberte et d’écarter d’elle tout soupirant. La jeune femme aime son mari mais, pour se débarrasser d’Eric, qu’elle juge effroyablement puritain, elle lui fait croire qu’elle a un amant, Charley. De plus, pour l’aider, sa tante pousse Huguette, une amie de Charley, dans les bras de l’Américain ; tentative vaine mais qui permet à Eric d’expliquer pourquoi il déteste embrasser sur la bouche : à l’âge de douze ans, il a été marqué par un baiser très passionné de son institutrice et depuis il a toujours refusé cette pratique.
La situation se complique encore lorsque Georges apprend que Eric a autrefois été marié à une demoiselle Poumaillac qui est le nom de jeune fille de Gilberte. Des doutes commencent à l’assaillir.

Acte III :
Il se déroule dans la garçonnière de Charley, sur le Quai Malaquais. Afin de convaincre Eric, Gilberte veut se faire surprendre dans les bras du danseur mais c’est son mari qui la découvre dans cette situation. Le pauvre homme en est tout ébranlé dans ses convictions ; mais tout s’arrange grâce à la présence d’esprit de la tante qui affirme avoir été la première épouse d’Eric, elle s’appelle elle aussi Poumaillac, et comme elle a réussi à l’embrasser sur la bouche, lui faisant ainsi découvrir des trésors de sensualité jusque-là refoulés, l’Américain ne la contredit pas. Quant à Charley, il réussit à prouver qu’il aime Huguette, qui était présente dans la pièce voisine. Georges est tout à fait rassuré et son couple s’en trouve renforcé.

LA PARTITION :


Ouverture (orchestre)
Acte I : Choeur d’entrée (Les Invitées, Faradel) – Duo : Je l’aime mieux autrement (Huguette, Faradel) – Air : Ce qu’on dit et ce qu’on pense (Mlle Poumaillac) – Air : Comme j’aimerais mon mari (Gilberte) – Air : Je suis venu te dire bonjour (Valandray) – Trio : C’est de la réclame (Gilberte, Mlle Poumaillac, Charley) – Duo : Pic et Pic et Colégram (Huguette, Charley) – Duo et couplets de Gilberte : Couplets-valse (Gilberte, Valandray) – La Péruvienne (Gilberte) – Finale I  (tous)

Acte II : Entracte  (orchestre) – Air : Le Hoquet (Faradel) – Air : Je me suis laissé embouteiller (Valandray) – Air : Quand on n’a pas ce que l’on aime (Mlle Poumaillac) – Air :  Soirs de Mexique (Gilberte) -Duo : Ca c’est gentil (Huguette, Charley) – Duo : Il suffit d’un rien (Gilberte, Valandray) – Ensemble : Pas sur la bouche (Thomson, les Jeunes filles) – Quatuor (Gilberte, Mlle Poumaillac, Valandray, Thomson) – Finale II (tous)

Acte III : Entracte (orchestre) – Air : Mon bon (Valandray) – Air : Est-ce bien ça (Huguette) – Air : Par le trou (Mme Foin) – Duo : Bonjour, Bonsoir (Gilberte, Charley) – Duo :  O Sam ! (Mlle Poumaillac, Thomson) – Final (tous).

FICHE TECHNIQUE :


Pas sur la bouche

Opérette en 3 actes de André Barde, musique de Maurice Yvain.

Création : Paris, théâtre des Nouveautés, le 18 février 1925.
Avec :
Régine Flory (Gilberte Valandray), Jeanne Cheirel (Mlle Poumaillac, la tante), Pierrette Madd (Huguette Verberie), Pauline Carton (Mme Foin), Mireille Yvon (Yvonne), Lucienne Lorelle (Suzanne), Myliane (Colette), Odette Marchat (Mado), Luce Myria (Juliette)
Berval (Georges Valandray), René Koval (Eric Thomson), Robert Darthez (Charley), Germain Champell (Faradel).
Direction musicale : Pierre Chagnon, mise en scène : Léo Massart
Editions Salabert

DISCOGRAPHIE :


(S) Suzanne Lafaye, Fanély Revoil, Janine Ervil, Reda Caire, Maurice Vaubrey. Orch. Richard Blareau
Decca 215 925 (1 V) & 1 CD Universal Accord 476 125-8 (14 extraits + Ta Bouche)

(S) Berval, Adrien Lamy, Pierrette Madd, René Koval, Pauline Carton.
7 extraits de Pas sur la bouche (un coffret EPM 982482 4CD  » L’opérette française par ses créateurs  » comprenant des extraits de 9 opérettes de la période 1921-1934)

L’ ORTF a diffusé le 24 janvier 1971, une intégrale avec Lina Dachary, Monique Stiot, Janina Capderou, Linda Felder, Aimé Doniat, Dominique Tirmont, Bernard Alvi et Joseph Peyron, sous la direction de Marcel Carivan

© Académie Nationale de l’Opérette janvier 2017